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Assumer son statut d’anti-putaclic

A l’origine de notre initiative de lancer un magazine électronique, le ras-le-bol de voir le journalisme en Tunisie noyé dans les infos inutiles et l’hégémonie du buzz. C’était de ce fait, naturel de baptiser notre projet : « L’intellectuel ».

En effet, le journalisme électronique tunisien n’a pas su user à bon escient de la liberté d’expression acquise au prix du sang. Le constat était sans appel: du sensationnel et rien que du sensationnel, zéro analyse, zéro investigation, titres racoleurs voire mensongers, contenu futile, manque flagrant de rigueur et de professionnalisme dans le traitement des informations, reprise sans aucune vérification des rumeurs qui défrayent la chronique et exaltent les réseaux sociaux. Pour couronner le tout, l’usage d’une langue défigurée, d’une grammaire malmenée, d’une conjugaison approximative et d’un style inodore, incolore et sans reliefs.

Une importance cruciale est par ailleurs accordée à la ponctuation notamment les points d’interrogation et d’exclamation.

Donald Trump accuse régulièrement le célèbre média américain CNN de diffuser des « fake news ». Si Trump avait eu connaissance de ce qui est injustement appelé « journalisme tunisien », il se serait suicidé depuis longtemps.

Le concept de médias en ligne appelés vulgairement « putes à clics » nous vient de l’expression anglaise « clickbait ». Ils misent sur la « curiosity gap » ou écart de curiosité. Le principe est simple éveiller la curiosité des internautes mais ne pas fournir assez d’éléments dans le titre pour combler cette curiosité et étancher la soif des usagers.

Résultat: on est obligé de cliquer pour en savoir plus mais à notre grand dam, l’article se résume en deux lignes et n’apporte rien de pertinent.

Le but ultime de cette technique est de générer des revenus publicitaires en ligne et du trafic et par la même occasion d’attirer des annonceurs.

Dans notre site, on vous parlera jamais d’un lézard qui a accouché d’une vache au fin fond de l’Ouganda, on ne misera jamais que sur la pertinence de nos articles pour vous inciter à nous consulter, on ne dérogera jamais à notre idée fondatrice : vulgariser, éclairer et analyser. Rien n’est plus précieux à nos yeux que l’indépendance de nos plumes, l’élégance du verbe et la rigueur dans le traitement journalistique. On n’a pas d’annonceurs qu’on craint de froisser.

On trace notre chemin, seuls et contre tous. En espérant que notre initiative libérera le journalisme de ses chaînes et amorcera un renouveau salutaire à la noble mission d’informer.

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