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Archéologie de la violence tunisienne

Quand un non-tunisien nous énonce cette vérité implacable en face, on s’emporte: le peuple tunisien est violent.

Comment ose-t-il, ce moins que rien ?

Pourtant, le constat saute aux yeux. En amour comme dans l’adversité. En temps de paix comme sous les cieux qui pleuvent de bombes. A l’intérieur de nos frontières comme dans les zones de conflit. Dans la joie et les peines. Même dans le langage imagé de tous les jours, qui nous est propre. Avant comme aujourd’hui. Partout dans l’espace-temps, on déverse notre violence. C’est notre manière d’exister. Le sommes-nous plus que d’autres peuplades ? Là n’est pas la question.

Violence envers les femmes, violence dans la rue et dans les foyers. Racisme. Comme un gobelet jeté d’une terrasse de café sur un homme de couleur qui passait tranquillement son chemin. Premier exportateur de terroristes dans le monde. Hooliganisme. Le passeport tunisien semble dire à l’humanité qu’on est à bout de nerfs, qu’on a le coup de poing facile, à portée de raclement de gorge.

Ce qui est intéressant, c’est de piocher dans le pourquoi, de questionner les racines du mal.

Déjà, tout petit, on nous inculque la violence.

Une gifle pour corriger son enfant. Quoi de plus banal ?

Un coup de pied, à l’école, parce qu’on a oublié de faire ses devoirs.

Un brodequin dans la gueule en pleine rue, parce qu’on a froissé, sans le vouloir, le stoïcisme d’un jeune uniforme.

Insultes d’une violence extrême, et puis ta mère, ton père et ta sœur, juste pour rire, pour ponctuer ses phrases, égayer ses verbes et sa verve.

Viens, on va égorger le mouton qu’on t’a intimé l’ordre d’adopter et de choyer pendant quelques jours. Faut bien fêter l’AÏd, Petit.

Le culte du martyre. La glorification de la mort pour une cause, depuis ta tendre enfance. Un mort est plus vivant que toi, Petit. Même si tu ne le vois pas. Un cadavre, ça bouge, mais lentement. C’est pour cela que tu ne le vois pas Petit.

Alors, oui, on est violent. Dans nos déclarations d’amour, dans nos ruptures, dans nos querelles et dans nos réconciliations, dans notre conduite automobile, dans notre incivisme, dans les stades, dans notre gestuelle, dans les postillons, dans notre langage, dans les crachats gluants dont le chauffeur de taxi se voit obligé de préciser l’interdiction en toutes lettres, dans notre goût immodéré pour la harissa, dans nos voix nasillardes, dans le mezoued qui nous est si cher, dans nos cérémonies et même quand on respire calmement, impassibles. On l’est tout le temps.

Dans cette Tunisie d’aujourd’hui, il est plus accessible d’exprimer sa haine que de congratuler, de sourire à son prochain. C’est la société qui nous l’a appris. On a l’aptitude technique pour être violent.

Inculquons à nos enfants que la violence ne mène à rien. Apprenons-leur qu’une gifle, c’est grave, que même une agression verbale est inadmissible. Qu’on peut dire avec des mots, sans violence, sa joie, ses peines et ses tourments. Bannissons la violence de notre quotidien si on veut guérir le mal qui nous ronge. Mais d’abord, comme on ne peut traiter que ce que l’on connait, commençons par le commencement, acceptons le diagnostic: On est violent.

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