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Cette Tunisie qui soulève les débats

Depuis le soulèvement populaire de décembre 2010, la transition démocratique qui s’en est suivie et l’avènement de la deuxième République, une véritable mutation sociale a accompagné celle qui a touché le système politique.

La population, jadis muselée, épiée, fichée, empêchée de s’exprimer et même de penser à voix-haute, redécouvre désormais les joies de la liberté, inédites dans le monde arabe et quasiment dans tout le continent africain.

Ce vent de liberté se répercute en premier lieu sur la culture. Ainsi, peut-on constater que la Tunisie n’a jamais été aussi prolifique en terme de productions cinématographiques, musicales et littéraires. La qualité ne suit pas forcément, cependant, peut-on déjà se féliciter d’une créativité revigorée, que dis-je, ressuscitée.

Autre répercussion tout aussi remarquable, la libération du débat public. La Tunisie de 2018 est un pays où l’on philosophe librement dans les cafés autour d’un « café express serré » au goût de cramé, sans craindre pour sa vie.

Dans un monde arabe qui ne sait discuter calmement, qui a tendance à confondre les armes à feu et la violence en tout genre, avec des arguments à prendre en compte dans chaque discussion houleuse, la Tunisie surgit de nulle part pour faire l’exception.

Tout est bon, aujourd’hui pour polémiquer. On réapprend à se connaître, à s’auto-diagnostiquer et à se proposer des voies de salut.

Egalité des sexes, homosexualité, égalité de l’héritage, libertés individuelles et même le dogme religieux. Tout y passe. Les réseaux sociaux sont en ébullition, les instances officielles suivent. Au fil des ans, on constate que les esprits évoluent et les idées, ainsi que les sujets qui suscitent l’émoi du public.

Si les idées sont parfois floues, intéressant un peu trop souvent des sujets non-prioritaires, les arguments brouillons, les procédés quelque peu violents, allant parfois jusqu’au bashing des porteurs d’avis hétérodoxes, le pays a toutefois le mérite de soulever le débat, de s’accepter tant bien que mal, de ne pas recourir à la violence physique.

L’apprentissage de la démocratie va bon train.

Relativement s’entend, bien entendu, quand on se rappelle les épisodes sombres de la transition démocratique. Les années 2012-2013, les assassinats politiques, les milices violentes qui agressaient les manifestants pacifiques. Ces derniers temps, la violence physique a peu à peu été rejetée par la société et se réduits à de rares cas sporadiques, isolés dans le temps et l’espace.

Ici bas, on a toujours tendance à s’auto-flageller, ce texte est une invitation à prendre un moment, le recul nécessaire pour apprécier tout le chemin parcouru depuis le néant jusqu’au foisonnement des débats pacifiques.

Même si on a l’impression que le pays est en période de crise, de flottement, ce qui est sûrement le cas pour le volet économique, socialement, en revanche, tout n’est pas noir. Qu’on se le dise, qu’on prenne la peine de sourire un instant, avant de reprendre le débat.

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