Billets Société

Colibe, une commission d’aujourd’hui

Les esprits progressistes de Tunisie ont cru pendant un court moment que les institutions juridiques, économiques, politiques et pédagogiques de l’islam ont été balayées du pays définitivement.

Historiquement, les réformes entreprises par le courant moderniste ont abouti à un ensemble de victoires sur la pensée religieuse.  Exemples : La « Zitouna » n’est plus qu’une petite « faculté de sciences religieuses et de théologie », il n’y a plus de justice « charaïque », les « habous » ont été versés dans le domaine de l’Etat, le prêt à intérêt est une pratique économique courante encouragée même par les soit disant « banques islamiques », il n’est pas rare de voir des restaurants proposer du porc, quant au vin et aux autres boissons alcoolisées, il n’y a qu’à admirer l’évolution des chiffres d’affaires de la SFBT.

De même, la pratique religieuse a subi quelques changements. A vrai dire, l’observance de la prière est plus faible en Tunisie qu’ailleurs dans le monde arabo-musulman. Le Ramadan quant à lui est très observé dans les masses populaires. On n’en constate pas moins que, d’année en année, les non-jeûneurs sont de plus en plus nombreux parmi les jeunes, les étudiants, les fonctionnaires, les élites en général. Du moins, ceux qui le revendiquent ouvertement sont beaucoup plus visibles qu’avant.

En 2011, pourtant, le choc fut énorme. Les religieux et les traditionalistes ont manifesté leur présence, mais encore leur activisme. Le « printemps arabe » a permis à un nombre impressionnant de groupuscules de l’islam politique de refaire surface. Tout le monde connait l’histoire. Cette histoire qui a presque commencé par la sortie de hordes réclamant la censure sur les livres athées et les films contraires aux « bonnes mœurs » et qui s’est poursuivie avec les assassinats de politiques et de militaires et la destruction de l’économie nationale sur la base de partage d’un butin de guerre sainte.

Mais nous revoilà en l’an 2018, Le rapport final de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe) est publié le mardi 12 juin. Cette commission a été chargée par la présidence de la république d’élaborer un texte qui renferme une proposition de réformes et de mesures en relation avec les libertés individuelles et l’égalité conformément aux dispositions de la Constitution du 27 janvier 2014, aux normes internationales relatives aux droits de l’homme et aux orientations contemporaines dans le domaine des libertés et de l’égalité.

Et comme par magie, la réaction de la horde ne s’est pas faite attendre. Les Tunisiens éclairés observent, consternés, les mêmes têtes au sentiment religieux vivace ressortir de leurs terreaux sachant que le rapport de ladite commission n’est même pas proposé sous forme de loi encore et comme d’habitude le mot d’ordre général des ploucs est de secourir l’Islam. La religion est encore une fois en danger !  On est en droit de poser la question : Quel est le danger qui guette la religion en Tunisie ? Est-ce l’effondrement de l’économie nationale et avec elle l’accroissement du taux de pauvreté et de chômage ?! Est ce la pénurie de médicaments et les lobbys qui se jouent de la santé de la population ?! Est-ce la raréfaction des ressources hydrauliques ?!

Non ! Mesdames et Messieurs le danger qui nous guette est la liberté individuelle ! La liberté de conscience, la liberté de disposer de son corps et surtout l’égalité pure et simple entre hommes et femmes ! Attention, le diable est parmi nous ! Le loup est dans la bergerie !

De tout l’héritage du passé, en effet, le plus dur à assumer et encore plus à maîtriser, reste la perception traditionnelle des rapports entre sexes et des rapports de l’individu avec la société. On connaît la structure phallocratique classique de la société musulmane. En fait, il y a deux sociétés : la société des hommes et celle des femmes. La femme étant dans la tête d’une majorité de nos écervelés de la « chair à plaisir » ou cette « bonne à tout faire ». L’individu quant à lui doit se fondre dans la masse, s’annihiler au profit de la société, se conformer à la dictature de la coutume et du traditionnel et s’auto-aliéner afin de satisfaire le regard de « Big Brother », le tout sur un fond d’hypocrisie religieuse et de piété de façade.

Pourtant, partout dans le monde moderne et développé, les religions sont en perte de vitesse. Il s’agit à la fois de désaffection et de changement. Les mutations profondes et radicales qui affectent la religiosité des homo-sapiens du monde avancé se trouvent dans les transformations économiques, sociales et culturelles. Les religions subissent de plus en plus un renouvellement radical à tous les niveaux. Il en va de leur survie. La foi devient de plus en plus un état spirituel, une pensée axée sur l’entraide, l’assistance aux démunis et aux nécessiteux. Les anciennes institutions religieuses et les hommes qui les animent se sont tellement discrédités par le passé, qu’ils ont cessé en fait d’être objet de respect et d’égards. L’institution a mal-vieilli.

En définitive, nos hordes à nous gagneraient à vite assimiler et comprendre ces idées. Ils nous feront gagner beaucoup de temps et d’énergie et nous épargneront ces sujets dépassés par le temps, l’espace et l’histoire parce que la vraie guerre d’homo-sapiens partout dans le monde a été proclamée contre le sous-développement et ceci commence toujours par désacraliser le passé et de sacraliser l’actuel.

Dans le même contexte

La Tunisie, paradis des phallocrates, enfer des « deuxième main »

Abdessmad Cabet

Un 20 mars anodin

Abdessmad Cabet

Le gouvernement à la conquête du secret professionnel

Mejdi Mtir
Chargement...