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Coronavirus, la crise sanitaire qui se dessine

En quelques semaines le virus SARS-CoV-2 responsable de la maladie Covid-19 a paralysé la planète entière, affolé les populations et les Etats, saturé les hôpitaux et mis à nu leurs défaillances, confiné les populations à leur domicile, vidé les rues, euthanasié les économies agonisantes et causé le décès de milliers de personnes à travers le monde.

Pourtant, d’aucuns continuent de minimiser et de penser que la couverture médiatique est biaisée et est entièrement responsable de ce mouvement de panique générale. On essaiera d’expliquer, à quel point cette crise sanitaire est à prendre au sérieux.

Pour ce faire, commençons par les bases. Un virus est caractérisé par son taux de létalité et par son indice de contagiosité.

Le taux de létalité (le pourcentage de personnes infectées qui décèdent) du Coronavirus est relativement faible avec une moyenne de 2% des patients infectés avec de grandes variations selon les âges et les co-morbidités. Ce taux est par exemple, inférieur à celui du SARS en 2003. Il est également est surestimé, parce que dans le dénominateur, on ne comptabilise que les cas confirmés et on exclut ceux, beaucoup plus nombreux, qui auront été infectés mais auront présenté une forme bénigne, en l’occurrence, les cas réels.

Pour vous dire, la grippe saisonnière tue chaque année entre 250.000 et 690.000 personnes par an selon l’OMS.

L’indice de contagiosité (R0) est également relativement faible. (entre 1.5 et 3.5) Ce taux est bien inférieur à ceux d’autres virus comme la varicelle et la rougeole. (entre 8 et 9) Il s’agit du nombre moyen de personnes auxquels le malade risque de transmettre l’infection.

A première vue, les données sont rassurantes. Pourquoi donc toute cette excitation ? Pourquoi ces couvre-feux, ces confinements, ces états sanitaires d’urgence décrétés ça et là ? Pourquoi cette ruée vers les denrées alimentaires de première nécessité et les papiers toilettes ? Pourquoi les discours larmoyants des politiques et les décisions inédites ?

En réalité, l’évolution de l’épidémie dans les pays qui l’ont prise à la légère, au début et qui ont longtemps tergiversé avant de prendre des mesures strictes pour endiguer la contagion, nous a montré que le Covid-19 est capable de mettre à genoux tout système de santé, si abouti soit-il. L’exemple les plus horribles du moment : celui de l’Espagne et de l’Italie.

Outre le taux de létalité propre au virus, un nombre incalculable de patients pâtiront de cette crise. Il y aura une perte de chances, inévitablement.

Les cures de chimiothérapie reportées, les chirurgies en urgence qui ne pourront pas se faire, celles à froid qui seront indéfiniment repoussées, les patients sévères souffrant d’autres pathologies aiguës avec de fortes chances de s’en sortir ne trouveront pas de place en hospitalisation et encore moins en réanimation. Les ambulances débordées. Les patients avec des pathologies chroniques qui ne pourront ni consulter ni renouveler leurs ordonnances.

Concernant la Tunisie, si on peut accorder au pouvoir d’avoir réagi rapidement et décrété des mesures radicales d’isolement de la population et à l’égard de la menace économique, on est en mesure de reprocher à l’Etat un manque d’initiative alarmant vis-à-vis du de l’organisation du secteur sanitaire.

Le ministère de la santé n’a pas su se préparer et se donner les moyens de limiter les dégâts. Un faible échantillonnage avec un nombre de tests très réduit, une saturation de la ligne verte du SAMU, des structures sanitaires vétustes désorganisées, aucun plan clair pour orienter les patients infectés, aucun parcours COVID, aucunes recommandations, un personnel soignant démuni, sans protections, jeté en pâture.

Résultat : la guerre sanitaire n’a pas encore commencé et déjà, les hôpitaux déplorent la fermeture de nombreux services hospitaliers infectés par le coronavirus, le personnel mis en quarantaine. Les hôpitaux ont été neutralisés avant d’arriver à drainer les malades, laissant imaginer la catastrophe à venir. Si l’Italie et l’Espagne sont impuissants face à l’épidémie, qu’en sera-t-il de notre pays qui, en temps normal, n’accorde aucune importance à la santé de ses citoyens ?

Il n’y a qu’à voir les vidéos chaotiques publiées par le personnel soignant de différents centres hospitaliers sur les réseaux sociaux.

Autre signe alarmant le nombre de diagnostics de COVID-19 réalisés à titre posthume. Ces cas où le patient n’a pas été identifié ni pris en charge à temps et qu’on n’est arrivé à diagnostiquer la maladie qu’après le décès du patient. Il faut se rendre à l’évidence, ce système sanitaire est défaillant à tous les niveaux.

Puis, voir ce ministre de la santé qui pense que son rôle se résume à énumérer le nombre de cas confirmés du jour et leur localisation, comme s’il présentait le bulletin météo. Aucun mot sur la stratégie, les moyens mis en oeuvre, l’état des lieux au niveau des hôpitaux, le nombre de patients en réanimation, le nombre de patients hospitalisés.

La population a également fait preuve d’une insouciance et d’un manque de rigueur incroyables.

Violation récurrente et non justifiée du confinement et du couvre-feu. Non respect de l’auto-isolement préconisé pour les voyageurs revenant de pays où le virus circule activement au sein de la population. Ruée vers les grandes surfaces et les lieux confinés.

Que faire maintenant ? Le mot d’ordre est le confinement. Garder la tête froide. Se discipliner. La solidarité et l’unité. L’application stricte des mesures barrières. Limiter au maximum ses déplacements. Mais plus encore, les autorités sont amenées à prendre des mesures d’urgence. Libérer les services hospitaliers. Protéger le personnel soignant. Rédiger des recommandations claires qui seront révisées au fur et à mesure de l’avancement de la crise. Il n’est plus nécessaire de fermer des services hospitaliers entiers et de mettre en quarantaine des équipes soignantes pour un simple contact. Il faut se rendre à l’évidence qu’on est en phase 3 de l’épidémie et que le virus est en circulation active. Toute personne est présumée contaminée jusqu’à preuve du contraire. Mais encore, le taux de faux négatifs du test de dépistage est important.

Devant ce système de santé qui commence déjà à vaciller, il est suicidaire de se saborder de la sorte. Même en France et en Italie, un personnel soignant diagnostiqué COVID-19 positif et qui ne présente pas une forme grave de la maladie, doit observer les mesures de protection pour éviter de contaminer les malades et le reste du personnel et continuer à travailler. On ne peut se permettre le luxe de mettre à l’arrêt de précieux soldats en blouse blanche et ce, en pleine guerre sanitaire.

On vit actuellement un bouleversement mondial. Si la majeure partie de ces événements nous dépassent largement, on est dans l’obligation d’entreprendre et de mettre les moyens pour écourter et atténuer ce grand saut dans l’inconnu.

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