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Coupables d’avoir été violées

Un chromosome X de trop, trop lourd à porter, dans ces contrées de suprématie des testicules sur les ovaires, de phallocratie décomplexée, là où l’honneur sent l’entrejambe féminin, où il vaut mieux que ses organes génitaux pendent pour être respecté et considéré comme un être humain à part entière, excusé de tous les excès potentiels, ceux passés et ceux à venir.

Si on pouvait résumer l’état d’esprit général de ces sociétés rétrogrades, profondément machistes vis-à-vis des abus sexuels, en une seul phrase, ce serait « le viol, et alors ? »

On confisque aux victimes de viol, ne serait-ce que le statut de victime. On ose lui imputer une part non-négligeable de responsabilité dans le crime qu’elle a subi. On l’accuse de tenter le diable, de provoquer le mal, que dis-je, de mettre le mâle hors de lui, de le faire sortir de ses gonds. Son existence est assimilée à une incitation au viol à laquelle le violeur n’a fait que s’abandonner « gentiment ».

On oublie au passage, qu’un viol est une intrusion dans son âme, un destin brisé, un attentat après lequel toute une destinée vole en éclats, une explosion de douleur et de larmes qui ne savent plus couler.

« Pourquoi n’a-t-elle pas crié, ne s’est-elle pas opposée à son agresseur ? »

Scientifiquement, le thalamus, le cerveau des émotions, quand il est submergé par les stimuli extérieurs, finit par se sidérer, par un mécanisme de défense. La victime devient indifférente, comme étrangère à son propre corps, à son propre esprit.

En Tunisie, le violeur encourt jusqu’à une peine de perpétuité ou même une condamnation à mort. Cela dit, la justice trouve souvent des « circonstances atténuantes » improbables aux violeurs et revoit à la baisse les peines prononcées. Comme si on pouvait justifier l’injustifiable.

Il reste un énorme travail à faire en terme d’instruction, de sensibilisation. Il faut faire comprendre à la société phallocratique, que le monde a changé, qu’on est bel et bien au 21ème siècle et qu’il est temps de traiter également ses citoyens et condamner fermement les auteurs de ces crimes impardonnables sans chercher des « mais » là où ils n’existent pas. Il n’y a pas de mais.

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