À La Une Actualités Santé

COVID-19, l’urgence de sauver la Tunisie

La Tunisie n’a clairement pas les moyens de faire face à une épidémie de grande ampleur de COVID-19 telle qu’attendue au vu de son évolution dans d’autres pays géographiquement proches.

Le nombre de lits en soins intensifs équipés notamment de respirateurs par mille habitants est risible (mais un rire jaune) comparé à des pays comme la France ou l’Italie qui ne sont pourtant pas les mieux équipés au monde. Ceux qui ont exercé dans les hôpitaux de Tunis savent à quel point une place en réanimation est une « denrée rare » même en temps normal. En d’autres termes, on n’a d’autres choix que d’appliquer des mesures drastiques de stade 3 pour une maladie théoriquement encore en phase 2 de propagation, sous réserve d’un bon système de dépistage, ce qui n’est pas forcément notre cas.

Le chef du gouvernement a annoncé hier des mesures « préventives » qui peuvent sembler drastiques de prime abord. Cela dit, je pense que ce ne sera pas suffisant. Sur le plan médical, il faut vider les services de médecine et annuler tous les actes non-urgents en prévision du chaos et de la saturation qui ne tardera pas à venir. Il faut essayer d’équiper les services médicaux de respirateurs même s’ils ne sont pas adaptés à cet usage. On n’a pas le choix. Le personnel soignant du privé comme du public doit être réquisitionné et repositionné dans les services sensibles. Les lits des cliniques privées et leur personnel devront également être réquisitionnés. Il faut faire appel à d’éventuels volontaires parmi la société civile, les médecins retraités (même si je ne pense pas que ce soit une bonne idée, étant eux-mêmes « âgés » et à risque) et surtout les étudiants en médecine. C’est une question de survie.

Les commerces non-indispensables doivent être fermés et pas uniquement à partir de 16h. En Tunisie l’État est faible et la population indisciplinée. En appeler au sens de responsabilité de chacun dans notre pays, c’est compter sur le néant. Un couvre-feu doit être décrété. Tous ceux qui violent le confinement doivent écoper d’une amende exemplaire ainsi que les commerces qui n’observent pas l’obligation de fermer. Les personnes à risques, âgées ou avec des comorbidités, doivent limiter leurs déplacements au maximum, leurs proches doivent respecter une distance d’un mètre avec leurs parents et proches âgés. On doit protéger les plus vulnérables. Le port de masque dans les lieux publics, les règles d’hygiène stricte doivent être généralisées et intégrées par la population. Des spots de sensibilisation doivent être passés en boucle sur tous les médias. Une communication de crise bien établie doit être mise en place. Il faut miser sur la transparence totale.

Le chef du gouvernement et le président de la République doivent s’exprimer régulièrement et rassurer la population. La Tunisie a eu la chance de voir défiler le chaos qui l’attend si elle reste les bras croisés quelques jours voire des semaines à l’avance. On doit en tirer les leçons et les enseignements qui s’imposent. L’heure n’est plus au « tanbir » même si ça fait toujours du bien de rire. Il est urgent d’agir et d’être ferme. Des vies sont en jeu. L’heure est à l’entraide, aussi, à la solidarité. Ce pays n’a d’autre choix que de faire bloc, de faire nation devant l’horreur. Oublions les écarts dans certains bars et l’afffollement dans les supermarchés. Le plus dur reste à venir. La Tunisie va pâtir sur le plan économique mais tous le budget de l’État ne vaut pas la mort d’un homme qu’on aurait pu prévenir. Tout le monde va perdre de l’argent à commencer par l’État. L’important c’est de ne pas perdre de vue notre humanité. La santé n’a pas de prix mais elle a un coût.

Le télétravail doit être de mise tant que possible. Il faut essayer de sauver les PME. Les aéroports devront bientôt être fermés. Les transports en commun suspendus. Le pays doit se mettre en hibernation même si, on n’a pas les moyens économiques de tenir bien longtemps. Une population confinée c’est des vecteurs de contamination mis hors d’état de nuire. Donnons-nous les moyens de passer le cap.

Le seul choix qui se présente désormais à nous: faire nation et limiter les dégâts ou l’hécatombe. Halte à l’inconscience, à l’incivisme, à l’imbécilité criminelle. Une dernière chose, au lieu de pleurnicher pour votre chicha d’after-work ou sur vos deux bières du weekend, lisez du putain de Dostoïevski, du Tolstoï, du Soljenitsyne, du Céline ou même du Marc Levy. On n’en sortira que grandis. Et avec un peu de chance, la population menacée dans son existence, renaîtra de ses cendres, se trouvera transcendée et sortira de son illettrisme chronique.

Dans le même contexte

La science inchallah

Abdessmad Cabet

La Grève des Jeunes Médecins : Jusqu’à quand ?

Naru

Archéologie de la violence tunisienne

Abdessmad Cabet
Chargement...