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De l’instrumentalisation du football

Le football est un sport foncièrement ancré dans la politique. Depuis des décennies, le football a attisé les convoitises des politiciens. Tantôt instrument dans les mains du pouvoir, tantôt expression sportive de la résistance.

Mussolini l’avait compris dès les années vingt et fit construire près de 2000 stades. Les autorités italiennes de l’époque concevaient que le football devait avoir « pour but naturel suprême l’honneur, la puissance et la grandeur de la Patrie. »

Tel fut également le cas des bolchéviques qui employaient le football et le sport en général surtout comme une « méthode à part entière pour éduquer les masses » en vue d’édifier un homo sovieticus. Le football étant perçu comme une activité qui s’oppose aux sports bourgeois capitalistes. Les réussites sportives soviétiques faisaient partie intégrante de la propagande de l’URSS. La revue de l’Internationale Rouge Sportive annonçait en juillet 1935 qu’il fallait que les sportifs locaux soient les meilleurs du monde « pour que dans les prochaines années, l’URSS devienne le pays des records du monde. »

Le football incarnait également un outil de résistance contre les autoritarismes. Dans les ères du monopartisme, le choix d’un club de football était politique par essence. On cite par exemple, le derby moscovite opposant le Dynamo, l’équipe des autorités et des oligarques, au Spartak des démunis. Le malaise politique et social s’invitait dans les gradins, seul espace de liberté dans des pays où l’on osait à peine respirer en public. Le Camp Nou était aussi un symbole et un refuge de la résistance « antifranquiste ». Le football était une arme redoutable dans les mouvement de libération nationale, partout dans le monde.

En Tunisie, depuis la nuit des temps, le football ne dérogea pas à la règle. Au départ utilisé comme couverture pour les mouvements d’émancipation et de lutte contre le protectorat français, il fut récupéré par le pouvoir en place à partir de l’indépendance. « Sous l’égide de son excellence untel » était une expression récurrente avant d’annoncer la tenue d’une compétition sportive. Les succès et les trophées étaient systématiquement dédiés au Président de la République « qui nous comble de sa bienveillance et sans qui, rien n’aurait été possible. » Bourguiba puis Ben Ali s’en sont donnés à cœur joie.

Deux exemples plus récents, illustrés dans les deux photos qui accompagnent cet article. Celui de Macron exultant des les tribunes de Russie, heureux du succès fulgurant de la France en Coupe du Monde. Le Président français qui était en difficulté dans son pays, multipliant les réformes impopulaires, décrié de partout, y trouva le moyen inespéré de faire taire ses critiques et de poursuivre ses mesures « douloureuses ». Enfin celui de Youssef Chahed, actuel premier ministre tunisien, au centre d’une crise politique inédite dans l’histoire du pays. En effet, Carthage ne rate pas une occasion pour tirer à boulets rouges sur la Kasbah et inversement. A l’occasion de la finale de Champions League de l’Espérance de Tunis, surfant sur la vague de l’engouement que traverse le pays, Chahed s’est empressé de faire le coup de com qui s’imposait, à l’aube du vote de confiance de son remaniement ministériel partiel. Il ont tous deux compris la célèbre citation de Gustave Le Bon dans son fameux Psychologie des foules: « Connaître l’art d’impressionner l’imagination des foules, c’est connaître l’art de les gouverner. »

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