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Opinions

Du bonheur d’être fatigué

On parle souvent des répercussions mentales du travail, de l’ennui, du burn-out, de l’épuisement ou du cafard du dimanche soir mais beaucoup plus rarement des bienfaits de la fatigue.

D’avoir passé quelques années au chômage, je témoigne ici du bonheur que me procure mon épuisement au travail.

Me lever tôt, le matin, entamer un véritable parcours du combattant pour parvenir au boulot. Transport en commun jamais à l’heure, odeurs radioactives, chemins boueux, embouteillages interminables.

Conditions de travail extrêmes, horaires loin d’être « flexibles », trop de charge de travail, impossibilité de prendre un congé vu le manque cruel de personnel.

Comparé à ce que je vis, le burn-out est un jeu d’enfants. Je suis littéralement bouffé par le travail, j’ai un visage fatigué, un corps émacié, je m’endors épuisé, croulant sous le sommeil devant la télé et me lève las. Je trébuche en marchant, j’ai des moments d’absence, une vie sociale inexistante. On me dit souvent en me voyant que j’ai une mine de déterré.

Mes organes semblent approcher plus vite que prévu, de leur date de péremption. Chaque jour m’ampute des mois sinon des années de vie.

Pourtant et contrairement aux apparences, ce texte n’est pas une lamentation mais une ode à la fatigue. Un hymne à l’épuisement.

La fatigue est la rançon de l’accomplissement, de la gratification. La récompense suprême, les stigmates de la vie qu’on porte fièrement sur soi, le symptôme de l’engagement auprès des autres, de la responsabilité, de se sentir enfin utile pour la communauté.

A trop se plaindre du repos que nous confisque le travail, on oublie de mentionner l’enfer de voir les années défiler sans qu’aucune tâche, qu’aucun devoir ne vienne te soustraire de ton lit, un lit de mort avant l’heure. Encore plus sacré que le droit d’essuyer ses cernes et celui de soigner ses paupières bouffies, il y a celui de s’accomplir, de réaliser des exploits, de se surpasser, de se surprendre soi-même, de se regarder le soir dans la glace et de se dire, en se remémorant des bribes de passages, qu’on peut dormir tranquille, désormais.

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