Santé

En Tunisie, la mort fait un tabac

Fumer tue. On ne vous apprend rien. C’est même inscrit en grands caractères sur les paquets de cigarettes. Rien n’y fait pourtant. Les chiffres sont alarmants.

Fayçal Smaali, responsable du Programme National de Lutte Anti-Tabac a pourtant révélé en mai 2017 à l’agence TAP que 23.5 % des tunisiens sont fumeurs dont 20% d’adolescents, selon le dernier recensement réalisé en 2016.

Des chiffes qui nous semblent bien en deçà de la réalité au vu du spectacle de nos rues et de notre espace public pour peu que l’on se permette une petite marche à pied de quelques minutes. Notre pays est littéralement enseveli sous un épais écran de fumée.

Une fumée toxique. Que dis-je, une fumée mortelle. La même source a déclaré que le tabac causait en Tunisie entre 30 et 40 décès par jour.

Le tabac touche quasiment tous les organes. Ses effets néfastes ne sont plus à prouver, notamment sur les appareils cardiovasculaire et respiratoire. De plus, le tabac contient plus de 4000 substances toxiques dont au moins 200 sont cancérogènes. Il provoque surtout des cancers de la sphère ORL et des cancers bronchopulmonaires.

Véritable fardeau pour les caisses sociales. Immense problème de santé publique. Il est urgent de lutter contre le tabagisme.

Au-delà des fumeurs, ayons une profonde pensée pour ces pauvres citoyens qui n’ont pas fait délibérément le choix du tabagisme mais qui ont tout de même sombré malgré eux dans le tabagisme passif.

Victimes d’un entourage pour qui fumer est devenu un réflexe, quelles que soient les conditions, victimes de lois trop laxistes, peut-être, ou d’un manque de rigueur dans l’application de la loi.

Pourtant, l’arsenal législatif visant à lutter contre le tabagisme s’est régulièrement renforcé depuis 1998. Interdiction de faire de la publicité directe ou indirecte pour le tabac, aménagement d’espaces réservés aux fumeurs dans les bars, les restaurants et les cafés. Interdiction de vente de tabac aux mineurs. Interdiction de fumer dans les lieux publics. Des sanctions exemplaires prévues surtout pour les récidivistes.

Mais que valent toutes ces lois quand l’application ne suit pas ?

Il est impératif d’éduquer la population sur les dangers qu’elle encourt, de mettre les moyens dans les campagnes de sensibilisation, de mettre des images, des visages et des corps émaciés pour frapper l’inconscient collectif. Il faut également investir davantage dans l’aide au sevrage mais aussi et surtout veiller à appliquer la loi afin de protéger les fumeurs passifs des années de vie qu’on leur ampute impunément.

Augmenter les prix du tabac est une nécessité pour dissuader les fumeurs ou du moins, pour diminuer leur consommation de tabac, même s’il est évident que cela encourage le recours au tabac de contrebande, beaucoup plus nocif.

Il est aussi important de signaler que les études d’innocuité des substituts au tabac, comme les « vapoteurs », devenus à la mode depuis quelques années, ont rapporté des résultats contradictoires et ne seraient pas dénués de tout risque comme le suggère cette revue américaine publiée récemment, analysant plus de 800 études portant sur la cigarette électronique. *

Non, ce n’est pas simplement de la « vapeur d’eau » que vous inhalez grâce à ces gadgets.

L’Etat est appelé à faire preuve de vigilance, à cesser sa non-assistance à peuple en danger et à sauver la population de cette arme chimique disséminée sous nos cieux.

http://nationalacademies.org/hmd/Reports/2018/public-health-consequences-of-e-cigarettes.aspx

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