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Guerre de coût autour de la grève générale

Les luttes sociales et les batailles politiques sont indissociables, a fortiori en Tunisie où la centrale syndicale est assimilable au parti politique non-déclaré le plus puissant et le mieux organisé. Ainsi, le mot « Grève» s’est installé à la une des titres des journaux et des programmes de télévision depuis la fin de l’année 2011.

La dernière en date est celle du 17 Janvier 2018, les promesses, peu claires, des autorités puis les voltefaces successives du gouvernement ont amené la première centrale syndicale du pays à savoir l’UGTT à décréter une grève générale du secteur public.

Les revendications des grévistes étant une revalorisation des salaires compte tenu de l’inflation galopante et de la cherté de la vie en Tunisie.

Seulement, les batailles salariales n’ont pas pu jouir du soutien de toute la population notamment celle d’une poignée « d’experts économiques ». Une campagne antigrève dans certains médias a fait rage, le mot d’ordre étant des plus simples : la grève sera très coûteuse pour l’économie du pays !

La meilleure déclaration a émané d’un professeur en sciences économiques ex-ministre des finances. Selon cette éminence grise la grève en question “a un coût pour le budget de l’Etat qui peut varier entre 150 et 200 millions de dinars, soit l’équivalent du coût de la réalisation d’une trentaine de kilomètres d’autoroutes et de quatre hôpitaux“ !

La deuxième émane d’un pseudo-économiste membre du conseil de la Choura du parti islamiste, premier soutien du gouvernement, qui a réussi à chiffrer le coût direct de la grève en calculant le coût salarial du secteur public par rapport au PIB national !

Peut-on alors faire confiance aux différentes estimations du coût du mouvement social avant qu’il ne se produise ? La réponse est non ! Il est très difficile d’estimer le coût d’une grève et cela ne peut se faire qu’une fois le mouvement terminé.

Au niveau macro-économique, la grève aura forcément un impact. S’agissant du secteur public, les services sont majoritairement non marchands, les coûts directs de la grève sont donc dérisoires. Il faudra ainsi estimer les coûts indirects de la grève : la panne dans les transports ou l’aviation, par exemple, a un impact sur la productivité du secteur privé notamment dans les services comme l’hôtellerie ou le fret. Ainsi, l’annulation d’un voyage ou la reprogrammation d’une journée d’export ne peuvent être rattrapés. Par contre, il existe des effets de rattrapage sur la productivité dans d’autres secteurs. Les salariés d’une usine manufacturière qui ont moins travaillé le jour de la grève vont souvent rattraper le temps perdu sur la durée dans les semaines qui suivent !

Il faut donc analyser le coût du mouvement sur la durée et non sur une courte période mais surtout il faudra analyser l’impact d’un mouvement social par rapport à d’autres phénomènes qui détruisent réellement l’économie du pays.

Quel serait la réaction de nos protagonistes s’ils avaient su qu’en fin de compte une journée de grève fait perdre à la Tunisie 0,05% de PIB alors que la chute de 10% de la valeur du Dinars nous coûte 0,4 points de PIB ! Le coût d’une grève est important mais reste marginal comparé à l’impact d’autres phénomènes économiques tel que la dévaluation de la monnaie ou l’évasion fiscale !

Un « expert » qui se respecte devrait se pencher sur cette ruineuse guerre économique que mène le gouvernement contre la classe moyenne et les plus démunis ou du moins proposer les solutions pour ramener le pays à une cohésion sociale qui favorise la productivité et la création d’une richesse équitablement répartie au lieu de la jouer au plus malin.

A bon entendeur.

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