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Hello May, please be nice !

En mai prochain, des élections municipales vont permettre de tester la popularité des partis politiques Tunisiens, sept ans après la révolte populaire de 2011. Le verdict s’annonce sévère, tant la situation économique du pays est dégradée et les partis politiques sans ambition, à part les ambitions personnelles de chaque protagoniste peut être.

A première vue, le contraste est absolu. Les deux principales formations politiques, les apprentis sorciers islamistes d’Ennahdha et les arrivistes inclassables du Nidaa, se sont partagées les ministères après s’être affrontées devant le corps électoral lors des dernières élections. En Tunisie, après la courte expérience démocratique ; arrivistes et apprentis sorciers s’invectivent au tout début au point de laisser le citoyen lambda imaginer que presque tout les oppose : le projet de société, la politique économique, les relations internationales, mais les deux finissent dans le même lit et enfantent un gouvernement qui, à quelques détails près, prolongerait les orientations générales prises depuis presque trente ans.

Huit ans plus tard donc, que pouvons nous dire de plus ? C’est précisément le manque de prise sur les orientations essentielles du pays qui explique la désaffection des Tunisiens envers le coassement et la fureur de leur classe politique. Alors que deux courants rivaux sur le papier mais complices dans les faits monopolisent la représentation nationale, les décisions gouvernementales provoquent un rejet profond, sans que l’opposition éveille le moindre espoir non plus.

Le discrédit des responsables politiques, alimenté par leur incapacité à proposer au pays quelque perspective que ce soit et la médiocrité assumée de leurs ambitions personnelles n’arrangent rien, d’autant que la presse relaie et amplifie leurs âneries et leurs querelles à longueur de journée.

La coupure entre politiques et électeurs tient pour une part à la clochardisation de la vie politique Tunisienne : les principaux partis ne sont que des machines d’influence, des cartels locaux sans autre substance intellectuelle. Lesdits cartels s’appuient le plus souvent sur une population ignorante ou désespérée.

Pareil climat alimente automatiquement une lassitude qui s’épanouit de plus en plus en marge des manifestations intermittentes de colère et du bourdonnement incessant des réseaux sociaux

On remarque de plus en plus que les gens qui s’intéressaient il y a peu de temps à la chose publique, ne se bousculent plus pour proposer des solutions ou donner leurs avis, puisque les instruments d’une autre politique semblent avoir été confisqués pour l’éternité par les plus médiocres et les plus abjectes des rejetons de ce bled.

Protester par exemple contre la dislocation de l’enseignement public, de la santé publique ou s’opposer à la refonte d’une route qui vient d’être refaite ne change en rien la donne, mais, je l’avoue, procure au moins l’occasion de se retrouver ensemble et la satisfaction de faire céder un ministre ou un dirigeant qui appartient à la caste. Une semaine plus tard, hélas, l’amertume se réinstalle, tant il est devenu évident que rien d’essentiel n’a changé, puisque rien d’essentiel ne dépend plus de nous.

Cependant, dans ces moments où le désespoir et l’attente d’une inversion des courants dominants retardent la reconquête intellectuelle et celle de la mobilisation politique, il n’est en définitive d’autre recours que de rappeler que l’histoire montre que « le courage est contagieux » et que les citoyens Tunisiens peuvent nous réserver d’autres surprises. Alors, Mai sois gentil s’il te plait !

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