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Infrastructure biodégradable : où résident les défaillances ?

Soulagés après le passage des pluies diluviennes, les Tunisiens restent néanmoins sous le choc des images de catastrophe provoquée par cette force de la nature.

Les pluies qui ont détruit une partie de l’infrastructure des villes, qui ont causé des dommages matériels considérables et probablement emporté des vies humaines sont le produit du changement climatique et de la forte perturbation atmosphérique diraient certains.

Il est d’ailleurs scientifiquement prouvé que, partout dans le monde, on subit les méfaits du dérèglement climatique : canicule, pluies diluviennes, tempêtes, inondations, sécheresse, ouragans, etc. Homo-Sapiens industrialisé, pratiquant un productivisme démesuré, consommant comme un demeuré et pratiquant un mode de développement capitaliste préjudiciable et destructif est aujourd’hui le principal responsable des effets néfastes de ces actes sur le présent et le futur de l’humanité.

Mais c’est en se penchant aussi sur l’histoire du pays avec les précipitations, aussi modestes soient elles, que l’on se questionne aussi sur la responsabilité éventuelle des différentes administrations concernées par le sujet. On sait que les premières réalisations d’infrastructure en Tunisie furent limitées. Le pays s’est contenté pendant plusieurs années de l’infrastructure mise en place durant la période coloniale. Dans les conditions économiques post-indépendance l’amélioration du réseau ferroviaire et surtout routier était extrêmement coûteuse et pénible.

Le ministère de l’équipement affirme que ledit réseau a doublé depuis l’indépendance du pays. Aujourd’hui, il comprend une section autoroutière qui s’étend sur 360 Km, et totalise un linéaire d’environ 19750 Km de routes, quant au réseau des pistes d’intérêt rural, il se développe sur une longueur d’environ 13 000 Km. Les collectivités locales gèrent et entretiennent les voiries, rues, ruelles, trottoirs et autres infrastructures du même type.

Mais ce qui nous intéresse, indépendamment de l’organe qui gère l’infrastructure, c’est le constat habituel, relevé à chaque fois que le pays connait de fortes pluies. En effet, le phénomène étrange suivant surgit : l’asphalte se désintègre comme par magie, les ponts se détériorent, les bords des chaussées s’affaissent et les égouts sont bouchés. Parallèlement, l’excès de précipitations non retenues vient rapidement inonder les rues, les commerces et les maisons. Et quand on additionne les défaillances de l’infrastructure susvisée avec la prolifération de constructions anarchiques sur les lits d’oueds et rivières et l’absence de plans d’évacuation des eaux pluviales conjuguée au comportement peu civilisé d’une majorité de Tunisiens vis à vis des normes d’urbanisme et d’environnement, nous obtenons un spectacle désolant sur fond de déchets de chantiers, de détritus, de poussière et d’ordures ménagères.

C’est dire que les dérangements provoqués lors de la saison pluviale précédente, n’ont pas incité les responsables à prendre au sérieux le dossier des infrastructures ! Mais que peut-on dire lorsque le phénomène se reproduit en permanence d’année en année ! Est-ce de l’incompétence ? Personne ne va y croire compte tenu du niveau de nos ingénieurs et de nos cadres. Est-on en droit de soupçonner la corruption ? Peut-être bien.

D’ailleurs le rapport de l’Instance Nationale de Lutte contre la Corruption (INLCC)* de 2017 a fait état de plusieurs dossiers de corruption concernent les marchés d’acquisition d’équipements et de travaux d’infrastructure, ainsi que des dossiers de mauvaise gestion financière et administrative se rattachant au même sujet et qui ont été déposés devant la justice depuis l’année 2011. Si l’on ramène le nombre de dossiers révélés au potentiel de profits et de gains que peut offrir le secteur en question on peut se dire qu’il y a vraiment matière à tentation. Il serait révoltant, pour les contribuables et les générations futures, de voir les fonds publics gaspillé dans la réalisation de routes non conformes aux normes et plongeant le pays dans le cercle vicieux de la dette odieuse.

Les fonds ne manquent pas, les compétences encore moins, pourquoi diable alors, sommes-nous condamnés à détenir une infrastructure biodégradable, qui rompt aux premières gouttes de pluie ? Il faut arrêter l’hémorragie.

(*)http://www.inlucc.tn

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