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La course effrénée vers le dé-confinement

À ce stade de la pandémie de coronavirus, plus de trois milliards de personnes dans le monde sont confinées pour endiguer la crise et limiter les dégâts.

La santé des citoyens n’a pas de prix mais elle a un coût. Ce coût-là est un luxe que très peu de pays sont en mesure de supporter, surtout que la crise est bien partie pour durer.

Le vrai dilemme pour les Etats, ceux qui peinent à boucler leur budget chaque année de surcroît, c’est soit l’économie, soit la santé des citoyens.

Le confinement aplatit certes, la courbe de propagation du virus mais étouffe par la même occasion, l’économie, étouffe tous les secteurs, entraînant les couches les plus fragiles de la société dans une précarité mortelle.

Les populations démunies ont le choix entre risquer de mourir du coronavirus ou mourir de faim.

Le vrai enjeu actuel est la stratégie à adopter pour un dé-confinement le plus rapide possible, en prenant le moins de risques pour les citoyens. Partout, ce débat surgit et accapare les esprits.

Pour permettre ce dé-confinement et la résurrection de l’économie actuellement aux arrêts, les tests sérologiques constituent pour l’heure la clé et la base de toute stratégie. En effet, ces tests sont censés identifier a posteriori, le groupe de personnes ayant contracté le virus et ayant développé une immunité. Ces personnes sont a priori protégées contre le coronavirus et peuvent de ce fait réintégrer la vie active.

Le problème c’est que, contrairement aux tests virologiques qui permettent de faire le diagnostic du COVID-19 et d’isoler les personnes malades, les tests sérologiques ou tests d’immunité sont toujours en cours d’élaboration.

Ces tests ne sont pas au point, utilisent des marqueurs différents avec possibilité d’erreurs et de grandes variations dans les résultats. Les laboratoires fixent des seuils de positivité des anticorps variables. La course contre la montre est l’ennemi juré de la recherche scientifique. Avec les demandes incessantes des États pour un développement rapide de ces techniques, on risque de valider des tests qui ne sont pas totalement fiables.

Par ailleurs, dans cette crise, il nous semble que politiques, scientifiques, médecins et population ne sont sûrs de rien. L’incertitude plane sur la planète. On est tous puceaux face au COVID-19. En l’occurrence, en cas de positivité de la sérologie du coronavirus, on ne peut pour l’instant assurer que cela est synonyme de protection contre une éventuelle nouvelle contagion. On ne peut prédire sous quel délai cette immunité pourrait devenir efficace et si elle l’est vraiment.

Un autre facteur entre en jeu, le taux de mutations du virus au fil des contaminations. Au fur et mesure que le génome viral connait des mutations, il peut devenir plus virulent mais surtout peut changer à tel point que les anticorps développés au cours de l’épisode initial ne reconnaissent plus le virus mutant. L’exemple typique est celui des rhumes provoqués par d’autres virus de la famille des coronavirus vis-à-vis desquels on a développé une immunité mais qui ne nous prémunit pas de retomber malade.

Ce qui implique que quand bien même ces tests seraient développés incessamment et validés dans les règles de l’art, nul ne pourra prédire si le dé-confinement sera réellement sans risques pour la santé de la population.

Si le dé-confinement sans délai est salutaire pour l’économie, tout miser sur l’immunité est un pari risqué. D’autant plus que seront mis en jeu les vies de centaines de milliers d’êtres humains.

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