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La femme, le désert et la guerre des ères

Ne serait-ce que parce qu’elle représente en terme démographique, la moitié de la population, la femme Tunisienne est appelée à jouer un grand rôle dans la reconstruction du pays et dans cette lutte de libération quotidienne contre l’ignorance et l’obscurantisme sous toutes leurs formes.

De tout temps, elle a également été confrontée aux problèmes de sa propre libération. Objet de plaisir sexuel, la femme Tunisienne était aussi un facteur de production et de reproduction dans la société traditionnelle, musulmane de surcroit.

Pourtant, considérée comme une citoyenne de seconde zone, elle n’avait même pas le droit de choisir son compagnon. Le plus souvent, on la rabaissait même au rang de « chose » ou de « bien ».

Le statut personnel de la femme, promulgué dès 1956, a déclenché une profonde évolution des mœurs : l’interdiction juridique de la polygamie et de la répudiation, le droit, pour la femme, de demander le divorce, celui de refuser le mari imposé par la famille et d’épouser l’homme de son choix, constituaient autant de révolutions. La scolarisation des filles et l’obtention d’une certaine indépendance économique ont donné à la femme Tunisienne les moyens intellectuels et techniques de poser les bases fondamentales de sa libération, encouragée certainement par les efforts des mouvements progressistes nationaux.

Hélas, encore aujourd’hui, la société Tunisienne, pour une majeure partie, représente la femme comme gardienne de la tradition et des coutumes, attachée aux institutions familiales et religieuses. Autrement dit, comme un être satisfait de son statut et de son sort.

D’ailleurs, pas une semaine ne s’écoule sans que nos brillants rétrogrades ne remettent à l’ordre du jour, à grands coups de citations du Coran, la question du retour de la polygamie !

La mesure serait, selon les dires de nos écervelés nationaux, un moyen pour lutter contre le nombre croissant de femmes célibataires ! Par la même occasion, nos marabouts s’attaquent aussi au travail féminin car, selon leurs dires, il accroît le chômage masculin en conduisant la femme à l’abandon du foyer et des occupations ménagères !

La femme Tunisienne du 21ème siècle, celle qui fait des études, qui travaille et qui fait le choix réfléchi d’être célibataire échapperait donc à l’emprise des conceptions de la société du moyen âge que nos amis ont hâte de réinstaurer. La Tunisienne émancipée va juger leur discipline familiale insupportable, leur savoir ancestral périmé et leurs arguments ridicules.

En un mot c’est la défaite assurée de nos concitoyens homosapiens qui rêvent de ressusciter la préhistoire !

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