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La Grève des Jeunes Médecins : Jusqu’à quand ?

Depuis un mois et demi, les Facultés de médecine sont à l’arrêt et les hôpitaux fonctionnent au ralenti du fait de la grève des Jeunes Médecins. Epuisés, les médecins seniors ont donné l’alerte il y a plusieurs semaines. Des tensions sont inévitablement nées entre eux et le personnel paramédical, plus habitué quant à lui à composer avec de jeunes internes dociles. De nombreuses opérations chirurgicales non urgentes ont dû être déprogrammées et les consultations n’ont plus été assurées par les médecins résidents depuis le début du mouvement de contestation baptisé « Mouvement 76 » (d’après le slogan : « Sept ans, six ministres et rien n’a changé. »)

L’unité initiale du corps médical a volé en éclats suite aux tensions subies par les uns et les autres, mais surtout après que les Conseils Scientifiques des Facultés de Médecine ont proclamé la reprise de l’enseignement théorique à partir du 13 mars 2018. Le 11 mars 2018, la Pr. Rym Ghachem Attia a publié une tribune où elle écrivait « qu’on ne pouvait abandonner ses patients pendant un mois et que quelques enthousiastes poussés par « une main invisible » réclamaient « Ici et maintenant ». Mais l’arbre ne devait pas cacher la forêt et tout son bon oxygène. » Des propos désobligeants pour les seniors ont aussi été tenus par de Jeunes Médecins sur les réseaux sociaux.

Les Jeunes Médecins souhaitent en finir avec un système bureaucratique qui les traite continuellement comme des mineurs, alors qu’ils ont entre 25 et 35 ans et qu’un certain nombre d’entre eux sont même parents. Le respect se mérite et le Ministère de la Santé qui a balayé d’un revers de main les anciens accords signés avec les syndicats depuis 2011 est loin d’inspirer confiance.

Têtes brûlées ou praticiens responsables ? Les Jeunes Médecins réunis au sein de la nouvelle Organisation Tunisienne des Jeunes Médecins (OTJM) sont un peu les deux… Ils ont appris de leurs prédécesseurs qui militaient au sein de l’UGTT que les accords n’engageaient pas concrètement le Ministère de la Santé et que le meilleur moyen pour celui-ci de se débarrasser de demandes gênantes était de créer des commissions ministérielles.

Les Jeunes Médecins sont révoltés par le manque de considération et de respect à leur égard.

Le diplôme de doctorat en médecine a été pris en otage pour retarder le plus possible le départ de certains résidents en médecine à l’étranger. Il a même été question de le supprimer purement et simplement. La coopération à titre de stagiaires associés en France a été annulée au cours de l’été 2017, bouleversant les projets de centaines de résidents en fin de parcours. De nouvelles années d’études ont été ajoutées au cursus des études médicales dans la précipitation et de façon étrangement rétroactive. Une réforme des études médicales initiée par les Doyens des Facultés de Médecine Tunisiens (et visant à se conformer aux normes établies par la Conférence Internationale des Doyens des Facultés d’Expression Française) a suscité un vif mécontentement, notamment du fait de sa mise en application chaotique. En outre, le service civil est revenu sur le devant de la scène. Cette nouvelle forme de service national met à la disposition du Ministère de la Santé des générations entières de Jeunes Médecins spécialistes des deux sexes et sous-payés (750 DT/mois) tout en les privant des critères d’exemption, grâce à un artifice juridique. L’OTJM dénonce aussi une inégalité salariale flagrante entre les Jeunes Médecins tunisiens et étrangers, alors que ces derniers sont souvent diplômés des mêmes facultés de médecine tunisiennes. Le nouveau statut des internes et des résidents en médecine a quant à lui fait l’objet d’un consensus depuis plusieurs années (l’ancien datait de 1976) et a enfin été publié dans le Journal Officiel de la République Tunisienne le 9 mars 2018.

La grève a duré trop longtemps, mais les revendications des Jeunes Médecins sont légitimes et sensées. Pour une fois, ce sera au Ministère de la Santé de plier et de ne plus s’obstiner dans une voie sans issue et nocive. On dit l’OTJM politisée… Si une base de plusieurs milliers de jeunes médecins adhérents en colère est une base politisée, alors oui l’OTJM est certainement politisée. En revanche, ceux qui profèrent ces remarques censées discréditer à tort l’OTJM sont, quant à eux, bien connus pour leurs accointances avec des partis politiques puissants. A ce stade, il est nécessaire de s’interroger… Les bureaucrates en charge du dossier de la grève des Jeunes Médecins au sein du Ministère de la Santé, privilégient-ils la résolution pacifique de la crise ou bien obéissent-ils à des agendas politiques et électoraux dissimulés.

Cette crise a certes trop duré et il est du devoir du Ministre de la Santé et du Chef du Gouvernement de trouver une solution urgente. Non, ces Jeunes Médecins ne sont pas des écervelés ! Ecoutez-les… Ils ont raison de protester, ils sont dans leur droit. Il est des moments où le Ministère de la Santé doit accepter de rendre les armes et privilégier le bien commun. Veut-il donc que le scénario algérien se reproduise en Tunisie : des grèves interminables et des médecins molestés ? La balle est dans le camp du gouvernement. C’est à lui de se rendre à l’évidence… Les cols blancs du Ministère de la Santé ont perdu la bataille… Leur politique est critiquée par tous. Qu’ils capitulent dignement, ils n’en seront que plus grands !

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