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La Tunisie, paradis des phallocrates, enfer des « deuxième main »

Un reportage de l’émission Enquête Exclusive intitulé « Amour et sexe au Maghreb » diffusé récemment sur la chaîne française M6, a défrayé la chronique. Le public s’est indigné parce qu’on les a mis face à leurs contradictions. Comment ont-ils osé ? Ce n’est même pas vrai !

Pourtant, le rapport qu’entretient le tunisien avec le sexe opposé et plus généralement avec sa sexualité laisse perplexe et c’est le moins que l’on puisse dire.

Pour résumer l’état qui prévaut dans ce pays, on reprendra la brillante réplique diffusé dans ce reportage : « Je ne me marierai jamais avec une fille de seconde main. »

En plein XXIème siècle, on est encore contraint de discuter de sujets préhistoriques. C’est un fait, la société tunisienne n’a pas su évoluer et s’érige toujours en gardienne sacrée de la sexualité du commun des mortels. La phallocratie est telle que l’honneur se réduit encore à une fine membrane vaginale. L’honneur sent l’entrejambe féminin.

N’a-t-on pas honte face à l’essor de l’hyménoplastie, bas subterfuge devenu partie intégrante des préparatifs du mariage dans ce pays ?

Les baisers ardents sont considérés par la loi comme une atteinte à la pudeur. La justice éhontée n’hésite pas à condamner les reconnus coupables d’aimer en public, à de la prison ferme et à une amende.

L’article 226 bis du Code Pénal tunisien nous explique avec éloquence que « est puni de six mois d’emprisonnement et d’une amende de mille dinars quiconque porte publiquement atteinte aux bonnes mœurs ou à la morale publique par le geste ou la parole ou gène intentionnellement autrui d’une façon qui porte atteinte à la pudeur. »

Le rapport du Colibe propose de revoir ce tiroir fourre-tout qui condamne injustement des innocents à de lourdes peines.

Qui a défini les concepts des « bonnes mœurs » et de la « morale publique » ? Sont-ils immuables ? N’ont-il pas évolué d’un iota depuis plus de cinquante ans ?

Un baiser, une caresse ou même un regard qui pétille sont des subversions que Dieu nous en garde. Emprisonnez-moi ces enfoirés !

Quelle idée saugrenue que de s’aimer dans un pays étouffant ? Par contre, rien de choquant dans la violence, la haine est tolérée, ainsi que les crachats gluants qui parsèment les rues, uriner en public est un acte glorieux.

Excusons-nous, tous de concert, de semer l’amour là où sont censés gésir la mort et les regards obliques.

Excusez notre fougue, nos mains qui tremblent en retrouvant la bien aimée. Excusez notre volonté insolente de vivre pleinement la passion pour les regards assassins, les cheveux fous et les cous inoubliables. Avec un peu d’effort, on deviendra peut-être comme vous, hostiles à la vie, pudiques du vertige amoureux, revendiquant tout autant que vous, cette belle morale qui nous dicte de honnir les amours de « seconde main » et d’ériger en divinité la crasse. Parce que traditions obligent, parce que trois mille ans d’histoire, quand-même. Parce que les « spices di counasses », ça fait à manger, ça fait la vaisselle, ça s’occupe des gosses et surtout, ça ferme sa gueule, en attendant le sacrosaint mari qui papillonne pour noyer sa lourde suprématie dans la chaine alimentaire de cet écosystème où l’oxygène et les bactéries font que deux testicules pèsent nettement plus que deux ovaires.

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