Économie

Tunisie, l’autre économie..

Dans toutes les villes et les villages de Tunisie, un nombre surprenant d’étals anarchiques encombrant les rues piétonnes, proposent toutes sortes de produits d’origine Turque et d’Asie du Sud-est : des vêtements, des jouets, du tabac, des boîtes de conserves, de l’électroménager et même du gasoil.

Aucune donnée statistique officielle fiable n’existe sur ce commerce « invisible » qui a connu une prolifération vertigineuse notamment après la révolte populaire de 2011.

Nous entendons, cependant, fréquemment, des membres du gouvernement et un nombre d’experts répéter que quelques 400 000 personnes participent à ce commerce parallèle qui réalise plus de 50 % du volume global des transactions en Tunisie s’élevant de ce fait à un pourcentage de 50% du PIB. Ce dernier chiffre a été récemment confirmé par l’instance nationale de lutte contre la corruption.

Les questions que nous nous posons tous sont surement les suivantes : qui sont les véritables barons de cette économie ? Où s’approvisionnent-ils ? Comment peuvent-ils écouler leurs marchandises en toute impunité ?

La loi du silence et certainement, la connivence de personnalités influentes au sein de l’Etat sont autant de boucliers pour ces maîtres de la contrebande. Ceux qui s’adonnent à ces activités n’ont pas d’identification fiscale et commerciale, ne délivrent jamais de factures, ne paient pas la TVA, ne déclarent ni ne versent rien au trésor public. Tout le monde a l’air bien conscient de ce phénomène mais le pouvoir public ne semble guère s’en préoccuper ! Étrange situation, vous en conviendrez.

Plus étrange encore, des magnats du commerce parallèle et de la contre bande se sont mis à s’afficher en public pour revendiquer des droits et des avantages. Les derniers en date voulaient faire passer le bétail vendu plus cher en Algérie par les frontières et ont fait barrage sur les routes pour revendiquer ce droit ! Quand l’Etat est faible, la transgression de ses lois peut apparaître pour certains comme légitime.

Revenons aux origines des produits, ces derniers proviennent pour une infime partie, des usines locales, et les prix sont alors moins chers que ceux affichés par le commerce légal car ils sont dépourvus de taxes. Mais dans la majorité des cas, ces produits sont importés illégalement de l’étranger, essentiellement des voisins Algérien et Libyen, grâce aux réseaux bien huilés de contre bande installés depuis longue date dans notre pays.

Nombreux sont les Tunisiens qui s’approvisionnent du marché libyen ou algérien en produits de diverses origines et les acheminent par route en Tunisie pour les revendre. Ces produits débarquent au pays aussi par le biais de réseaux officiels diront certains, les multiples sociétés d’import-export et particulièrement, le port de Radès constitueraient des portes d’entrée privilégiées pour inonder le marché tunisien d’articles d’origine turque ou chinoise. L’absence d’un contrôle accru de l’Etat, le clientélisme et les passes droits n’ont fait que compliquer les choses davantage. L’instance nationale de lutte contre la corruption parle dans ce contexte, d’un manque à gagner pour l’Etat qui atteint les 2.600 MDT rien que pour le commerce informel transfrontalier.

Ces « commerçants » profitent aussi du change monétaire parallèle. L’Euro se change officiellement à 3 dinars tunisiens, alors que, dans les circuits clandestins, il s’achète à 2 dinars 500 millimes. La place de Beb Bhar n’a rien à envier à la plus grande salle de marchés d’une banque à Tunis.

Par ailleurs, les gens de revenu modeste sont satisfaits de pouvoir se procurer des biens à des prix beaucoup moins chers. D’autres, plus fortunés, sont à l’affût de produits étrangers dont l’importation est soumise à des restrictions et qui de ce fait, manquent dans le pays ou sont de meilleure qualité. Tous paient au comptant d’où les chiffres effrayants sur la masse monétaire en circulation Tunisie. A l’opposé, les banques crient au manque étouffant de liquidités ! Rien qu’entre l’année 2010 et aujourd’hui, la banque centrale Tunisienne affirme que l’encours de monnaie fiduciaire aussi bien les papiers que les  pièces, a plus que doublé en passant de 5 milliards de dinars à plus que 11 milliards de dinars.

On ne cache pas, dans certains milieux officiels, que cette économie parallèle, considérée comme un « fléau » par la population travaillant dans la légalité, contribue à la création d’emplois, même précaires, et permet à la masse des chômeurs, composée essentiellement de jeunes, de se « débrouiller » pour survivre. Mais tout cela ne doit pas occulter que ce phénomène finit avec le temps par détruire l’économie nationale et les emplois dans le circuit organisé, sans parler des liens douteux de ces « commerçants » fantômes avec le financement du terrorisme et les politicards louches.

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