Économie Opinions

Le bonheur au-delà des indicateurs économiques

Le PIB, ce « supplément de richesse » annuel produit et évalué de façon marchande et monétaire fait le bilan de la valeur ajoutée produite par une économie. Par contre, il ne tient pas compte de la santé de nos concitoyens, de la qualité de l’éducation fournie à nos enfants, ni de la gaieté de nos moments de divertissement. Il ne mesure pas la beauté de la poésie que vous écrivez à votre bien aimé(e) ou la solidité de vos mariages. Il ne peut qu’aider partiellement à évaluer la qualité des débats politiques ou l’intégrité des représentants du peuple. Il ne prend pas en considération la culture, les transformations de la société.

Les Nations Unies ont, certes, instauré d’autres indicateurs, comme l’Indice de Pauvreté Humaine (IPH), ou l’Indice de Développement Humain (IDH). Ces indicateurs, comparés à l’évolution du PIB,  permettent de mettre en évidence que tous les pays qui créent de la « valeur » (au sens d’une accumulation de devises par exemple) n’ont pas la même aptitude à la transformer en développements humains concrets — en termes d’éducation et de santé, par exemple.

Pour ce qui est de notre pays, l’accumulation de « richesses » produites pendant trente ans par une partie d’hommes d’affaires ripoux et des familles régnantes a engendré un déséquilibre structurel, rendant toujours plus d’hommes dépendants d’une production virtuelle et parasitaire. Malgré les chiffres criés sur tous les toits par le pouvoir en place, l’inévitable est arrivé : une révolte populaire et un régime déchu avec une croissance du PIB qui avoisine les 7% !

La crise que nous connaissons aujourd’hui montre aussi les limites de cette croissance biaisée : par exemple, 25 % des emplois sont liés à l’activité hôtelière. Lorsque la plage a perdu son rôle central après les attentats terroristes, le pays s’est retrouvé sans option de rechange. Sans roues de secours. Aucune industrie ne pouvant vraiment relancer l’économie à court terme ou du moins remplacer les postes d’emploi perdus. Dans tout cela, personne n’a songé à parler de la dégradation des conditions de vie des gens qui vivaient du tourisme, les seuls mots répétés sont la perte de deux points de croissance et la chute du PIB de 1,5%.

La logique générale des débats sur cette question devrait mener à un nouvel équilibre centré sur l’humain, où seraient clarifiées les différences entre la notion de production et celle de bonheur. Dans cette optique, la prise en considération de ce dont le PIB ne « parle » pas devient l’un des critères nécessaires.

Dès lors, la crise économique actuelle que vit la Tunisie, pourrait justement marquer une étape fondamentale de ce point de vue. L’enjeu n’est plus celui de la statistique : il est politique et philosophique. Nous nous trouvons ainsi devant l’exigence de passer d’une évaluation de l’activité marchande à une évaluation du bien-être. Les politiques devraient avoir pour but non d’augmenter le PIB, mais d’accroître le bien-être au sein de la société Tunisienne.

A quoi servirait-il d’avoir des chiffres avantageux si le pays est incapable de faire rêver sa jeunesse, les obligeant à se jeter à la mer, au péril de leur vie, par milliers chaque année dans le seul but de gagner l’autre rive de la méditerranée ? A quoi bon, passer pour un bon élève auprès des institutions économiques mondiales, quand on se retrouve finalement, premier exportateur de djihadistes dans le monde ?

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