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Le collinisme, la doctrine de la négation de la crasse

Que nous reste-t-il de ce bouleversement politique, culturel et social qu’on nomme communément révolution, aujourd’hui, sept ans après les faits, si ce n’est le dégoût dans la lie des verres de mauvais vin ?

Après le rêve grandiose, le réveil fut pénible, la gueule de bois insupportable. Comment saurait-on sourire quand on a vomi ses tripes toute la nuit ? Que des restes de rêves, d’idées, de fruits de mer et d’idéaux nous restent entre les dents, au travers de la gorge ?

Pour émerger du marasme de la déprime et du vomi, une seule voie, une seule issue, une unique attitude s’avère salutaire, celle de l’indifférence. Stress post-traumatique. Dépersonnalisation.

Tu vois la corruption qui gangrène tout ton champ visuel, les basses tractations politiques qui pervertissent l’idéal révolutionnaire, les assassinats politiques, les costards cravates qui complotent contre les éventuels meilleurs lendemains. Pire encore, tu comprends que tes alliés, ceux pour qui tu te bats, la classe en qui tu as foi, se dissipe, se perd complètement. Il n’y a plus de boussole politique. On navigue à vue, flou, brouillard épais, déperdition, égarement. On va dans tous les sens, jamais dans le bon.

C’est là que le nihilisme 2.0 te tend les bras, t’accueille dans son apaisement. « Élève-toi, fiston ! Laisse les crasseux à leur crasse, qu’ils pataugent dans leur vomi ! Qu’ils se débattent dans leur merde ! Regarde-les de loin, dans une suffisance exemplaire et souris ! Plus rien n’a de sens ! Plus rien n’existe vraiment ! »

Randonnée inespérée dans les hauteurs des idéaux étranglés. Tu gagnes la colline, te soustrait de leur bassesse, les observe de temps à autres brimant un rictus figé du coin des lèvres, qu’ils se mangent entre eux, qu’importe au fond.
Tu implores tous les dieux, des virtuels, aux légendaires, les profanes pour toi, sacrés pour le monde entier, que des météorites pleuvent du ciel, qu’ils illuminent la planète pour la réduire en cendres.

Que les ministres se réunissent, que la justice fasse ses simulacres de procès, que l’apparat fasse bonne impression, que les toits s’effondrent, que les miséreux meurent de faim, que les faibles se fassent exploiter au point de cracher leurs âmes misérables. Aucune émotion. Ils sont si loin, si petits. Minuscules microbes. Êtres unicellulaires qui ne t’émeuvent pas le moins du monde. Sur la colline, tu es dans ta bulle. Tu rotes comme les autres chantent l’hymne national en pleurant. Négation de tout. Rien ne vaut 100 grammes de glibettes, tu te grattes les couilles, repose ta tête sur une roche et attend patiemment la fin du monde.

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