Économie

Malaise du dinar, le pourquoi du comment

La monnaie joue le rôle d’un intermédiaire, un outil d’échange.

Si vous allez au supermarché et si vous achetez pour 20 Dinars de biens, le commerçant et vous ne discuterez pas de la valeur de l’intermédiaire. Vous donnez 20 DT, il reçoit 20 DT.

Mais, dans les échanges entre deux pays, il y a la conversion. Lorsqu’on importe, par exemple, une voiture de France, il nous faut des Euros pour nous la procurer. Il faut donc convertir nos Dinars Tunisiens en Euros, c’est ce qu’on appelle le change.

Le nombre d’euros que l’on aura pour un Dinar Tunisien est ce qu’on appelle le « taux de change ». En fait, c’est la valeur de notre monnaie par rapport à une autre devise.

De ce fait, quand les étrangers se procurent des Dinars Tunisiens pour acheter nos exportations ou encore pour investir en placements Tunisiens ou pour faire du tourisme au pays, la valeur de notre monnaie augmente. Quand c’est nous qui acquérons des devises avec nos Dinars Tunisiens pour importer ou pour partir à l’étranger, c’est notre monnaie qui perd de la valeur et c’est l’Euro ou le Dollar qui en gagne.

Sur un plan macroéconomique, toutes les transactions impliquant le Dinar sont consignées dans un grand compte que l’on appelle la balance des paiements. On calcule ici les exportations, les importations, les investissements faits par des Tunisiens à l’étranger ou les virements faits par ces derniers vers ou en dehors du pays ainsi que les investissements des étrangers faits en Tunisie. On ajoute à l’équation les remises de dettes libellées en devises ainsi que le service de la dette en question qui y va de soi.

Essayons d’expliquer donc la chute du dinar sans s’attarder sur les notions techniques. Les intéressés peuvent consulter l’excellent document préparé par les services de la banque centrale sur le lien suivant : https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/documents/Balance.pdf

D’abord, il faut avouer que cette fluctuation dépend de plusieurs facteurs internes et externes. Est-ce que l’économie mondiale va bien ? Est-ce que la demande est forte ou est-elle appelée à se ralentir ? Est-ce que la demande en ressources naturelles est en hausse ? Notre économie se porte-t-elle bien ? Est-ce que la Tunisie gagne en productivité ? Nos travailleurs sont-ils les mieux formés, les mieux satisfaits et les plus motivés ?

La conjoncture mondiale actuelle marquée par un « Trumpisme aigu » est imprégnée par une ambiance générale de guerre commerciale. Le taux de croissance dans les pays développés, notamment pour les pays phares de l’Union Européenne notre partenaire majeur, a connu une baisse pour se situer à 1,5% en 2017. Les prix internationaux des produits de base ont repris lentement une tendance haussière en 2018 après une tendance baissière entamée depuis 2012 jusqu’en 2016. La courbe des prix internationaux de pétrole s’est inversée après avoir connu un repli sur un rythme soutenu (-15,7% en 2016 et -47,2% en 2015).

À l’échelle nationale, le taux de croissance en 2017 est aux alentours de 1,9%. Malgré, l’amélioration de la contribution des services marchands et ceux non marchands dans le PIB avec des taux de croissance respectifs de 3,3% et 2,5%, la chute de l’activité du secteur énergétique (-7,2%), suite à la baisse de la production nationale de pétrole brut et de gaz naturel (-6% et -11% respectivement) a freiné le rythme de croissance globale du PIB.

Pour ce qui est des échanges extérieurs, la balance des paiements courants a dégagé, au terme des huit premiers mois de 2018, un déficit qui s’est situé à un niveau élevé soit 7.675 MDT soit 7,2% du PIB (contre -7.552 MDT et 8,9 % en 2015) suite à la poursuite de la détérioration de la balance commerciale. Selon un rapport de la BCT sur les évolutions économiques et monétaires publié en septembre, les exportations ont enregistré, vers la fin août 2018, une hausse de 20,2% tandis que les importations ont affiché une progression de 20,4% pour s’établir à 38,5 milliards de dinars.

Le déficit commercial s’est élargi, par conséquent, à 12.161 MDT fin aout 2018* malgré le résultat du secteur agricole et agroalimentaire grâce à la récolte d’olive à huile et aux dattes et ce, en dépit de la baisse des prix internationaux de ces deux produits de plus de 11% en moyenne.

Les importations ont été frappées par la hausse persistante des prix internationaux des matières premières, conjuguée à la dépréciation du dinar. Le gouffre provenant de l’importation des produits énergétiques qui ont fortement progressé de 40,9% pour avoisiner 5,4 milliards de dinars durant ladite période contre 3,8 milliards une année auparavant. De leur côté, les importations de produits de consommation ont affiché un rythme de progression encore soutenu (11,8% contre 16,2% à fin août 2017) pour dépasser 9,1 milliards de dinars. Ce dernier point est une aberration nationale !

Au niveau de la balance des services, la saison estivale est relativement réussie ce qui s’est traduit par la hausse des recettes touristiques, qui se sont élevées, à fin août 2018, à 870 millions d’euros tout en demeurant en deçà des performances de l’année 2014 par exemple (1.057 millions d’euros à fin août 2014). Ce secteur aussi est une deuxième aberration nationale, rien qu’à dire que les conventions signées par un bon nombre de tours opérateurs avec nos hôteliers sont libellées en Dinars Tunisiens et sont, de ce fait, cible de l’effet de change. Cette situation a fait que, même avec un nombre d’entrée de non résidents croissant les performances économiques restent faibles !

Par conséquent, la détérioration des paiements extérieurs continue à être perceptible au niveau des réserves en devises qui se sont établies, au 12 septembre 2018, au voisinage de 3,9 milliards de dollars, soit l’équivalent 69 jours d’importations contre 93 jours à fin 2017*.

Le marché de change, vu les raisons évoquées ci-dessus, a continué l’accélération du rythme de dépréciation du dinar vis-à-vis des principales devises, au cours de la période récente. Du premier au 12 septembre 2018 et par rapport à toute l’année 2017, le dinar s’est déprécié de 10,7% et 5% face à l’euro et au dollar américain respectivement*.

*https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/actualites.jsp?id=525

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