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Le fils maudit, a-t-il tué le père ?

Issu du parti Nidaa Tounes, propulsé à la tête du gouvernement depuis la dernière victoire aux législatives, Youssef Chahed est définitivement tombé en disgrâce, mal-aimé au sein de son propre parti, défendu bec et ongles par des alliés improbables tels que le parti islamiste d’Ennahdha face à la large coalition comprenant notamment son parti Nidaa Tounes et la puissante centrale syndicale UGTT, qui exige sa tête comme condition sine qua non avant toute signature de l’Accord de Carthage, deuxième du nom.

Youssef Chahed s’est adressé au peuple, ce soir, à la télé nationale. Un visage fermé, celui d’un homme pale, perturbé, acculé, plus seul que jamais, qui d’un ton grave a cité nommément Hafedh Caïd Sebsi, l’accusant d’être à l’origine de tous les maux du pays et du parti. Promettant des réformes et de ne rien lâcher. Règlement de comptes au sein d’un des plus grands partis du pays, en direct à la télé. Si comme le dit le célèbre poème, « The revolution will not be televised », en Tunisie, par contre, la guerre intestine fratricide sera bel et bien en prime time entre deux pubs de yaourts.

En proie à une crise politique sans précédent, le pays est dans l’impasse. Le consensus légendaire qui a valu au quartette un prix Nobel, excusez du peu, est semble-t-il épuisé.

Où va ce pays ? ou peut-être serait-il plus judicieux de se demander où est en train de le mener la classe politique, trop occupée à se canarder pour entreprendre les réformes politiques, économiques et sociales salutaires et urgentes qui s’imposent.

Youssef Chahed, lâché de toute part, cherche-t-il des appuis populaires inespérés, à prendre la rue pour alliée et témoin ? Ou est-ce alors une tentative de récupérer le parti disloqué dont il est issu ? Ou est-ce que tout ce manège n’est que l’expression d’un fabuleux jeu d’acteurs, une pièce de théâtre mise en scène par un vieux politique résidant provisoirement à Carthage, agacé des fourberies de son fils. Une querelle familiale télévisée. La télé-réalité va bien loin dans notre pays, vous me l’accorderez.

Autre hypothèse, encore plus improbable, que le fils damné, le vilain petit canard, sentant sa destitution prochaine, eut soudain décidé de tuer le père, pour devenir calife à la place du calife, l’appât du pouvoir étant irrésistible et la perspective dorée, alléchante. Iznogoud est une bande-dessinée, plus réaliste qu’on ne le pense.

Le brouhaha qui a donné suite à cette allocution télévisée au sein du parti Nidaa Tounes et du paysage politique rend encore plus flou le devenir du pays ainsi que celui de l’acteur principal de ce coup de théâtre. Attendons demain pour voir plus clair.

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