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Le théâtre et la Tunisie tombée des nues

Un comédien syrien est apparu dans son plus simple appareil, dans une pièce de théâtre à Tunis.Depuis, vif émoi au pays. Polémique. La Tunisie est littéralement « tombée des nues ».

Pourtant, le nu artistique n’est pas un genre inédit !

‌Demandez à l’Égypte ancienne et à ses Danseuses et flûtiste de la tombe de Nebamun ou aux trois musiciennes de Thèbes, questionnez la Grèce et le fameux médaillon incarnant les athlètes au repos et leurs javelots. Rome et les statues d’Antinoos et de Marcellus. Les études anatomiques de Léonard de Vinci, la naissance de Vénus de Boticelli. Hercule et Omphale, la Vénus d’Urbin, Vénus et Cupidon, l’expulsion d’Adam et Ève, la Grande Odalisque, la fameuse Liberté guidant le peuple de Delacroix, Marie-Madeleine, l’Origine du monde de Courbet, l’Olympia de Manet, l’art corporel et j’en passe.

Pourquoi diable au XXIème siècle sommes-nous condamnés à ressasser des débats poussiéreux, à nous indigner, à polémiquer sur des sujets que l’humanité a définitivement scellé ?

L’anatomie dérange, tout comme la vérité. On se plaît dans la censure, se complaît dans le mensonge. La mise à nu de la vérité rend perplexe. Cachez cette anatomie implacable que je ne saurais voir.

 

Dessin par Willis From Tunis pour lintellectuel.com

Un testicule visible est un testicule de trop, un bout de sein, que dieu nous en garde, un décolleté trop insolent, le galbe d’une hanche nous salue et nous voilà désarmés, pleurant à chaudes larmes la sacro-sainte morale d’un peuple qui prêche la bonne parole à longueur de journée et s’empresse de consulter les sites pornographiques en rentrant. Redécouvrir son corps, vite, après la vie publique d’aliénation.

Alors, oui, mon grand, dis leur que toute vérité est bonne à dire, même un testicule, voire deux, même un bout de chair qui pend, que la vérité est au-dessus de tout, même de leurs gorges raclées frénétiquement, du malaise sacré, de la morale écorchée, des yeux qui saignent à la vue d’un spectacle provoquant. Personne n’est habilité à juger si une œuvre d’art s’intègre dans la moralité ambiante. Nul n’a le droit de museler la créativité des Hommes.

Dans une ère où tout n’est que médiocrité, il est urgent de déranger, de replacer tout et rien dans son contexte, de se repentir à l’art, à la nudité, à la vérité et de dire l’indicible authenticité telle quelle, par son verbe, sa verve, son corps et sa probité.

Va-t-on un jour se décider à mettre de côté ces faux débats et à se concentrer sur l’essentiel ? Entre temps, l’avenir du pays se joue à huis clos sans que personne ne semble afficher des velléités belliqueuses.

Hommage à toutes ces âmes chastes, écorchées par l’implacable vérité de l’anatomie et de l’art.

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