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Opinions

Les cicatrices historiques indélébiles

10 millions de morts par ci, des actes de torture par là, des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre, esclavage, des mains coupées, des femmes violées, une dignité trainée dans la boue, des richesses spoliées. Que reste-t-il aujourd’hui dans les lies de mémoire collective des crimes commis par les empires colonialistes à l’encontre des peuples qu’ils ont soumis ?

Il reste les pages tournées, sinon littéralement déchirées. Il demeure le rictus des anciennes puissances coloniales, quand ils évoquent sans trembler les bienfaits du colonialisme, l’infrastructure léguée en héritage, « la mission civilisatrice », l’élite locale gentiment formée. Il reste l’amitié entre les peuples et la mémoire immaculée car expurgée de ses taches noires.

Aujourd’hui, la Françafrique ou l’AFRICOM sont des prolongements du complexe de supériorité vis-à-vis de ces populations asservies jadis par la force de l’épée et aujourd’hui par la suprématie des sous et du gap technologique.
Honte aux intellectuels ou aux politiques qui oseraient remettre sur le tapis les péripéties de cette période sombre voire à exprimer, que Dieu et l’Histoire nous en gardent, d’exprimer un quelconque sentiment de culpabilité ou des remords.

On se souvient tous du tollé provoqué par les déclarations d’Emmanuel Macron, lors de sa visite à Alger en novembre 2017, alors candidat à la Présidence de la République Française, quand il a qualifié la colonisation française de « crime contre l’Humanité ».

Comment a-t-il osé ? Les décennies qui nous séparent des faits n’ont pas suffi à revigorer la lucidité ni à dépassionner le débat. On confisque même aux victimes d’hier, le devoir de mémoire, le droit à une justice, que dis-je, le droit ne serait-ce qu’à des excuses, à des regrets.

Aspects du colonialisme occultés des manuels d’histoire des ex-puissances coloniales. Otez ces pages que je ne saurais voir !

Qu’importe s’ils ont semé l’injustice et la terreur, s’ils ont construit quelques kilomètres de réseau routier et ferroviaire. Qu’importe les mères violées devant le regard de leurs maris et enfants, s’ils ont édifié deux-trois hôpitaux. Mais qu’est-ce que vous avez tous à être si grincheux ?

L’amnistie a été prononcée unilatéralement, par les anciens bourreaux, les victimes d’hier n’ont d’autre choix que de s’y soumettre. Ils ont par ailleurs, condamné les mémoires des faibles à l’amnésie, parce qu’aujourd’hui ils ne sont même pas en mesure d’assumer leurs souffrances passées ni de les verbaliser ni de regarder avec une once de reproches ceux qui les ont martyrisés.

Comme dans un quartier populaire où une victime d’une plaie à l’arme blanche, court s’excuser auprès de son agresseur de peur de représailles. Coupable d’arborer ses propres plaies, s’excusant presque d’avoir percuté par son corps un objet tranchant à la trajectoire malencontreuse, sous peine de voir les puissants couper court à leurs aides et leurs prêts.

On va se réconcilier malgré nous, sans procès, sans excuses, sans chercher à mettre des noms sur les fosses communes, sans s’évertuer à observer des minutes de silence inutiles. A quoi sert-il le recueillement, a posteriori ? On va se tenir la main, se sourire mutuellement, se tapoter les épaules, maquiller ces balafres inesthétiques, ces laides cicatrices chéloïdes, de peur de vous embarrasser.  On va plonger au fond de nous-mêmes, de notre vécu, de notre histoire et y regarder du prisme des bourreaux, tout sera vite oublié. Après tout, vous avez eu l’amabilité de nous laisser la vie sauve, pour jouir de la civilisation, des réseaux routiers et ferroviaires, des hôpitaux, des écoles et des tribunaux. On va tourner la page, sans perdre de temps à la relire, si vous y tenez vraiment…

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