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Les fantasmes putschistes de la classe politique tunisienne

Depuis le 14 janvier 2011 et l’avènement d’une classe politique nouvelle au pouvoir, nombreux, sont les dirigeants qui ne mâchent pas leurs mots et ne tournent pas leurs langues sept fois avant de dénoncer une « tentative de putsch déjouée ». De Marzouki, l’ex-président, en passant par les islamistes, pour arriver à Caïd Sebsi via son très controversé secrétaire général de parti, le défunt Nidaa Tounes, Slim Riahi. Ils incarnent tous la volonté du peuple exprimée par le suffrage universel et ont tous essuyé les tentatives ratées d’un putsch. Du moins, c’est ce qu’ils se plaisent à nous dire.

Tout d’abord, tentons de comprendre ce qu’est un putsch. Étymologiquement, le terme nous vient de l’allemand Putsch qui signifie révolte, insurrection ou coup. Un putsch désigne un coup d’Etat mené par un groupe de militaires qui, par l’usage de la force et au mépris de la Constitution de la République, tente de s’emparer du pouvoir.

A aucun moment, en Tunisie, ces responsables politiques n’ont pu prouver l’existence d’une telle tentative. Qu’importe ! L’important c’est de passer pour des victimes aux yeux d’une opinion publique qui leur a tourné le dos après les avoir propulsé au pouvoir. Tombés en disgrâce, ils cherchent à se racheter une place privilégiée dans l’inconscient Collectif. Comble du hasard, bien sûr, toutes ces allégations ont vu le jour au moment où lesdites personnalités au pouvoir multipliaient les revers politiques et se trouvaient au plus mal de leur popularité.

La dernière sortie théâtrale est l’œuvre donc, de Slim Riahi, actuel secrétaire général du parti Nidaa Tounes, qui a affirmé lors d’une entrevue télévisée accordé à la chaîne France 24, que le chef du gouvernement Youssef Chahed a tenté de réaliser un coup d’Etat. Il a aussitôt porté plainte auprès du Tribunal Militaire pour que les auteurs présumés du putsch raté répondent de leur acte. Affaire classée sans suites après que Riahi, homme d’affaires sulfureux, ex-président du Club Africain et ex-secrétaire général de l’Union Patriotique Libre, a déserté le pays et a refusé de se présenter devant le juge pour fournir les preuves qu’il a affirmé détenir, officiellement présent hors du territoire tunisien, pour l’heure. D’abord « dans un voyage d’affaires », puis pour « recevoir des soins ».

Pas de traces d’armes lourdes, ni d’hommes en treillis prêts à en découdre. Pas de preuves irréfutables. Pas de box des accusés bondé. Pas de jugement exemplaire. Que des paroles dans le vent. Des mots dangereux lancés dans le vide, sans aucun fondement.

A défaut d’avoir un programme politique clair, on peut accorder à nos politiques de détenir une imagination galopante. Peu importe au fond si, à aucun moment ces dirigeants politiques n’ont pu joindre les preuves à leurs allégations gravissimes. La scène politique en Tunisie est une incitation à boire de l’eau de javel, à désespérer définitivement du sort de ce pays. Le pire, c’est qu’ils osent par la suite déplorer un taux d’abstention record, la démission générale de la chose publique et la fuite sans précédent des cerveaux vers l’autre rive de la méditerranée.

Ce n’est jamais leur faute, de toute façon. C’est certainement à cause d’un énième putsch dont ils détiendraient les preuves irréfutables qu’ils terreront à jamais dans leurs placards poussiéreux. Assainir le climat politique tunisien est un vœu pieux, un souhait qui demeurera pour longtemps dans le domaine de l’irréalisable.

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