Société

Les femmes en Tunisie, une espèce en danger ?

A 15 ans, une adolescente à Goubellat a subi durant trois jours plusieurs abus sexuels par plus de cinq individus selon le légiste. L’individu suspecté du viol d’une étudiante aux jardins de Carthage en Mars dernier vient d’être arrêté. A Sousse, une adolescente fugue et se fait violer par son hébergeur. Un bébé de trois ans est décédé après avoir été violé à Gafsa. Une vieille femme décède suite à des violences physiques et un viol dans son propre domicile à Kairouan. Voici le bilan de quelques affaires récentes révélées par les médias ces dernières semaines.

Comment expliquer cette relative indifférence qui enveloppe le nombre effroyable d’abus sexuels et de viols commis dans un pays comme la Tunisie ? Quels sont les racines de ces crimes infligés aux femmes dans ce petit bout du monde ?

Les supplices infligés aux femmes prennent leurs racines dans une culture qui leur dénie l’égalité des droits et qui légitime l’appropriation violente par les hommes de leurs corps.  Cette violence se nourrit d’une discrimination systématisée qui contribue à la pérenniser. Lorsque les femmes sont martyrisées dans la société, lorsqu’elles sont jugées par ces « mâles sauvages » en tant que butin de guerre, lorsqu’elles sont maintenues à la maison sous le joug de la terreur, cela révèle une perception inégale des relations entre les humains de sexes opposés.

D’ailleurs, dans une majorité de cas, ces atrocités émanent d’individus qui ont un ascendant psychologique sur la victime, des personnes avec qui les femmes partagent leur vie, des membres de leur famille ou des employeurs ou même des Officiers d’Etat comme un policier par exemple.

Chez l’homo-sapiens civilisé, de nombreuses femmes et des militants des droits humains ont lutté courageusement durant ces dernières décennies afin de réduire la prévalence de ces violences, en vue de tendre vers une égalité des sexes plus effective et ce, dans de nombreux pays. D’énormes avancées ont été achevées lorsqu’ils ont travaillé sur les mentalités.  Dans la quasi totalité de leurs sociétés, on perçoit le viol aujourd’hui comme inadmissible et criminel.

Sur le plan national le bilan est peu fameux, et pour cause la difficulté à modifier de façon irréversible les termes du débat sur les droits de la personne. En dépit de tout ce que les femmes Tunisiennes ont obtenu en termes de droits et d’égalité, elles continuent à être exploitées, possèdent moins de biens et ont moins accès à l’éducation, à l’emploi et à la santé notamment dans les milieux les plus défavorisés. Une discrimination largement répandue chez les plus rétrogrades à l’instar des religieux, des partis islamistes et des conservateurs de tout genre, qui jugent encore blasphématoire la pleine égalité politique et économique, vous avez surement suivi l’épisode « Colibe ».

D’ailleurs les réactions de cette horde d’écervelés à ce genre d’actes criminels se ressemblent et ne sortent pas de ce cadre : la femme est irrémédiablement souillée, elle est tout aussi coupable que le violeur ou l’agresseur puisqu’elle ne lui avait pas assez résisté et qu’elle l’avait en outre « bien cherché » avec sa démarche provocante ou ses habits non conventionnels, son attitude jugée trop féminine, « aguicheuse » disent-ils. Parfois l’argument majeur est la consommation de drogues ou d’alcools qui se répandent dans notre société. Seulement, ces substances ne font que révéler l’esprit répugnant de ces monstres. Ils mettent à nu leur nature crasseuse.

Le chemin à faire pour faire évoluer les esprits reste long. A mesure que la légitimité de la domination masculine décroit il faudra faire progresser celle de l’égalité des droits entre hommes et femmes.  Pouvoir s’élever au-dessus des préjugés et des âneries irrationnelles héritées est le minimum requis pour y arriver, mais poursuivre dans la discrimination et l’incapacité d’analyser la violence exercée contre les femmes aboutira à consolider ces partis pris et nous fera reculer encore d’avantage quant à la façon d’instruire, de décider et de légiférer en cette matière.

Dans le même contexte

Ne pas cracher sur les tragédies des peuples émus

Mejdi Mtir

Macron ne fait pas marcher la jeunesse tunisienne

Abdessmad Cabet

Un ressortissant tunisien kidnappé a-t-il la chance d’être tunisien ?

Abdessmad Cabet
Chargement...