Santé

Les jeunes blouses blanches voient rouge

Quelle mouche a-t-elle piqué les jeunes résidents et internes tunisiens pour que germe cette furie qui les a amenés à déserter les hôpitaux depuis trois semaines ?

Bras de fer musclé entre le syndicat des jeunes médecins, l’Organisation Tunisienne des Jeunes Médecins Tunisiens, et le ministère de tutelle. Rien ne va plus. Résultat: des hôpitaux paralysés depuis trois semaines. Même son de cloche chez le voisin algérien depuis trois mois.

En Tunisie, ce ras-le-bol a été baptisé « Mouvement 76 », en référence aux sept années durant lesquelles, six ministres de la santé successifs ont  botté en touche à chaque fois que les jeunes médecins ont tenté de leur communiquer l’urgence de sauver patients et médecins des dérives de la pratique et de la formation médicale sous leur forme actuelle. Ce mouvement a été couronné par une impressionnante manifestation d’environ 3000 résidents et internes devant le ministère de la santé, ce lundi 19 février 2018.

Les revendications se résument en quatre points essentiels.

Tout d’abord, les jeunes médecins exigent l’entrée immédiate en vigueur d’un statut qui définit clairement leurs droits, leurs obligations ainsi que leurs responsabilités. Une loi qui garantit, notamment, leur droit à un repos compensateur après les gardes. Ce texte a commencé à être discuté avec le ministère de la santé depuis 2012. Impasses, accords, rétractions. Le feuilleton n’a pas encore dévoilé son générique final.

La deuxième revendication est en rapport avec la réforme des études médicales, dont l’élaboration a été entamée depuis 2003 et dont l’application remonte à 2011 mais dont on commence à peine à percevoir les retombées. En vertu de cette réforme, la médecine générale sous sa forme classique a été supprimée et remplacée par une spécialité à part entière, la médecine de famille.

Ce qu’ils reprochent à cette réforme ?  De nombreuses défaillances. Le flou entourant le destin des deux premières promotions de cette nouvelle spécialité. L’absence d’un collège élu et de tout encadrement spécifique. Mais aussi, la suppression du diplôme de doctorat en médecine. Le syndicat y voit une atteinte flagrante à la valeur académique de leurs études et une tentative de prendre en otage les jeunes médecins pour les empêcher de réaliser des stages de perfectionnement à l’étranger.

Le syndicat réclame également l’égalité salariale avec les jeunes résidents et internes étrangers qui perçoivent le tiers du salaire de leurs homologues tunisiens pour un travail et une formation équivalents.

Enfin, au terme de leur spécialisation, tout l’effectif des jeunes spécialistes est contraint à faire une année civile dans les régions de l’intérieur. Ce mouvement appelle à l’application des critères d’exemption d’usage pour le reste de la population.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, des concessions ont été faites par les deux parties concernées et on commence à peine à voir le bout du tunnel. Les négociations sont encore en cours.

Le débat n’a pas tardé à s’inviter dans les médias. Accusations et menaces fusent de la part des autorités. Tensions et bras de fer. Le torchon brule.

L’énorme chantier de la santé publique a tout l’air d’un champ de mines, à des sables mouvants et si les pourparlers semblent sur la bonne voie pour endiguer la crise actuelle, trouver le traitement idoine à cette médecine profondément malade, est un processus long et périlleux qui est bien parti pour durer.

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