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Les partis avant la patrie

A chaque rendez-vous électoral, les acteurs de la scène politique sortent de leur torpeur et de leur amnésie. Ils se rappellent d’un coup, qu’au centre de leur action se trouve l’électeur, le citoyen. Ils lui font les yeux doux, lui promettent monts et merveilles, pour peu qu’il récite la formule magique, coche le nom de leur parti et les propulse sur le devant de la scène.

Ils font miroiter une santé publique digne, la lutte efficiente contre le chômage, contre la paupérisation de la population, contre l’inflation, contre la corruption, relance de l’économie…

Les politiques savent vendre du rêve en faisant campagne. Il savent afficher une empathie dont ils sont d’habitude désespérément dépourvus. Mais quand il s’agit de vivre le rêve qu’ils ont promis, on te demande gentiment de revenir demain. Une promesse électorale n’engage que celui qui y croit.

Un politique n’est pas responsable de la crédulité de l’électeur. Pourtant, durant ce dernier quinquennat, le temps de parole a été accaparé par des Hommes politiques qui analysent, pérorent, s’accusent mutuellement et s’insultent, non pas pour traiter des priorités du peuple tunisien mais pour sauver la peau de leurs partis. Ils prennent le peuple à témoin, à qui ils demandent, sans nulle vergogne, de colmater les fissures de leurs formations politiques.

Les deux cas les plus en vue: ceux de Nidaa Tounes et du Front Populaire. Pour le premier, vainqueur des législatives et des présidentielles, en proie à une guerre intestine qui a fini par disloquer le parti qui a vu la majorité de ses cadres et de ses élus démissionner les uns après les autres. Incapable de tenir ne serait-ce que son premier congrès et de mettre en place ses structures démocratiquement ! Il suffit d’allumer la radio ou de consulter les talk-shows pour tomber sur un de ses responsables étaler la cuisine interne et le linge sale du parti et s’étaler pour nous expliquer qu’il faut impérativement sauver le parti si on tient encore à la Patrie.

Pour le cas du Front Populaire, la solidarité infaillible de ses leaders s’est avérée plus fragile que ce qu’il ne parait. En cause, l’identité du candidat du parti pour les prochaines présidentielles. Le Parti des Travailleurs et les Patriotes Démocrates, les deux composantes les plus importantes du Front Populaire se sont ouvertement déclarées la guerre. Pourquoi pas Hamma ? Pourquoi pas Rahoui ? A chacun ses arguments et sa logique, mais qu’importe à la population de prendre part à ces luttes de pouvoir ?

C’est certes un signe de bonne santé démocratique qu’il y ait des désaccords au sein d’un même parti. Cela dit, cette tendance nombriliste d’envahir les médias pour faire « profiter » toute la population de ces querelles internes occultant les réelles préoccupations du peuple tunisien, qui donne l’impression que la rupture entre politiciens et citoyens est définitivement consommée.

On n’a pas le même sens des priorités, on ne parle pas la même langue. La déconnexion est évidente. On a élu des partis pour gérer en notre nom les problèmes du pays, on se retrouve exhortés de sauver le parti alors que le pays est en train de couler.

A quelques mois du fin du quinquennat et du prochain rendez-vous électoral, on entrevoit le taux d’abstentionnisme record à venir, qu’ils participent tous à alimenter.

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