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L’exil

Que reste-t-il finalement, quand on a usé de son droit élémentaire au spleen ? Quand on a joui de l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de L’Homme ? Quand on a supporté les sautes d’humeur des employés de TLS et qu’on est passé à travers les mailles arbitraires du filet consulaire ? Que reste-t-il de ce fameux pays qu’on a fui comme la peste ?

Arrivé à bon port avec le son Oran-Marseille dans les oreilles et un peu de Emmenez-moi en guise d’espoir, le cœur léger et le bagage mince ou peut-être est-ce l’inverse. Confronté immédiatement à la réalité glaciale de l’au-delà des frontières, de l’outre migration, celle du présumé Eldorado et de la terre promise. L’exil. L’omniprésence et même l’ubiquité du loin des yeux et si près du cœur. Nostalgie de tout. Les remarques déplacées, la xénophobie ambiante et les regards obliques et méprisants, le chez-nous inlassablement érigé face au chez-vous qu’on ne cesse de te rappeler. Les horaires de travail et son intensité qui n’ont rien à envier à la tristement fameuse cueillette de coton. La paye maigre en fracture totale avec le travail et la formation de qualité. Esclavagisme des temps moderne. L’ingratitude du système et les contrôles de papier au faciès. L’administration rugueuses et ses procédures rigides.

Les temps sont durs, et il n’y a pas d’or à l’Eldorado. Décors différents, reliefs différents, mais l’impression que l’aliénation sous le soleil natal qui sème le mélanome dans les peaux claires ressemble à s’y méprendre à celle qui colore en jaune les gilets. Le Chehili est un Mistral comme un autre. Était-on mieux avant ? Avait-on une meilleure qualité de vie ? Où que l’on soit, finalement, si les paysages défilent et les frontières sont franchies, demeure la perplexité anxieuse et la nuit épaisse et la lutte qu’on n’a d’autre choix que de mener avec plus ou moins de témérité.

L’exil est une plongée au fond de soi, une apnée du luxe, du paisible statu quo et des retrouvailles, joues plaquées contre la peinture craquelée, qu’ils appellent ici, à tort ou à raison, patrimoine et qu’on dénomme chez nous, délabrement. L’exil est un choix d’exclusion, non pas pour une ascension sociale ou pour un renouveau mais contre la réalité du pays natal, qui a oublié qu’il nous avait enfantés, qui ne nous a jamais montré l’affection maternelle qu’il nous doit, ne nous a jamais regardés dans les yeux et qui a fini par nous regarder partir sans même nous dire au revoir.

Ainsi, sommes-nous égarés, sur la planète terre, errants et pensifs, à la recherche désespérée d’une patrie autre que le sac à dos et les sourires des inconnus. Peut-être un horizon embusqué, sur notre chemin, au-delà des détours inopinés, nous donnera la réponse.

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