Économie

Libre échangisme et « glibettes » turques

Vous ne vous êtes certainement jamais posé la question, mais si vous étiez vous-même libre-échangiste ? Je vous parle ici de commerce international, bien-sûr !

Dans sa plus simple expression, le libre-échange consiste à supprimer les restrictions douanières, les tarifs et les barrières, afin que les biens et services puissent circuler librement d’un pays à l’autre, sans entraves.

Simple en principe, complexe dans les faits. Les taxes douanières sont populaires et répandues. La restriction la plus simple, à la frontière, consiste en un tarif ou un droit de douane.

La majorité des biens importés en Tunisie sont frappés d’un droit de douane minimal. Certains biens sont plus fortement tarifés, comme les aliments (jusqu’à 36 %) et les articles vestimentaires (jusqu’à 20 %).  Exemple : vous importez pour 100 dollars de vêtements de la Chine, le montant sera majoré à 20%. À cela, s’ajouteront évidemment, pour les consommateurs que nous sommes, la marge de profit des fournisseurs et des détaillants ainsi que les taxes sur la vente tel que la TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée).

Il faut également, tenir compte des barrières non-tarifaires qui peuvent aussi représenter un frein au libre-échange pur et dur : il y a, par exemple, des réglementations sanitaires qui s’appliquent aux produits agricoles ou encore des exigences en matière d’emballage.

Ceci dit, nous rencontrons plusieurs versions du libre-échange. Il peut être intégral, dans le sens où il peut s’appliquer sur tous les produits ou partiel. Dans ce cas précis, une certaine proportion seulement des biens échangés est concernée.

Le libre-échange peut aussi être bilatéral (entre deux pays) ou multilatéral (entre plusieurs pays).

Pour revenir à notre cher pays, rappelons que la Tunisie est un pays membre de l’Organisation Mondiale de Commerce (OMC) depuis le 29 Mars 1995 et est par conséquent, grand adepte du libre-échangisme. Elle a, de ce fait, conclu plusieurs ententes commerciales, notamment l’Accord de Libre-Echange avec l’Union européenne (UE), ratifié le 17/07/1995. Depuis le 1er janvier 2008, tous les produits industriels sont totalement exonérés sur la base de cet accord.

La Tunisie a également conclu le 25/11/2004 un accord bilatéral avec la Turquie. Sur la base de cet accord et depuis 2005, tous les produits industriels échangés entre les deux pays, sont totalement exonérés de taxes, de même que quelques produits agricoles dans la limite d’un quota pré-établi, dont notamment les dattes. Oui, vous avez bien lu. Les dattes !

Les motivations derrière ces accords sont, selon nos amis libres échangistes, la stimulation de la concurrence avec l’ouverture des marchés ainsi que la baisse des prix grâce à la réduction des coûts de production et, souvent, des coûts de main-d’œuvre.

Les défenseurs du libre-échange affirment que les consommateurs vont, à moyen terme, payer certains produits moins chers grâce à cette ouverture des marchés. Les manufacturiers et industriels tunisiens bénéficient, en principe, des accords de libre-échange qui font tomber de coûteuses barrières tarifaires et non tarifaires étant donné que l’accès aux nouveaux marchés favorise l’expansion des entreprises manufacturières exportatrices et génère donc de nouveaux emplois dans ces industries.

Jusque là, vous devez vous dire que ce concept est magnifique. Qu’il profite à tous. Peut-être même que vous êtes tentés vous aussi à vous jeter corps et âme dans le libre échangisme !

Cependant, dans tout accord de libre-échange, il y a généralement des gagnants et des perdants. Les négociateurs font, dans ce genre de discussions, du donnant-donnant.

Évidemment, les secteurs qui ont le plus à perdre sont ceux qui ne sont pas protégés par le « mur » tarifaire.  Explications : Une fois ce mur effondré, les acteurs économiques tunisiens doivent se frotter à la concurrence étrangère à armes égales. Seulement quand on n’a pas les armes ou quand nos armes sont obsolètes, c’est la voie à la domination du plus fort.

D’ailleurs, les syndicats et les partis de gauche dénoncent le libre-échange, affirmant que ces ententes suppriment des emplois et détériorent les conditions des travailleurs. Plusieurs y voient une tentative de privatiser des services publics.

Je te laisse cher lecteur, tirer tes propres conclusions sur les conséquences du libre échangisme telles qu’expérimenté dans le secteur du textile ou de l’agro-alimentaire tunisien avec des milliers de tunisiens réduits au chômage, des dizaines de familles qui ont basculé dans la précarité et des réserves en devise qui ne cessent de s’amenuiser.

J’imagine, d’ailleurs, que pour ta dernière visite à ta banque pour faire le change avant de voyager ou lors de l’achat de ta voiture « populaire » tu as bien apprécié le gout des glibettes turques.

Souvent, le libre-échange est présenté comme une ouverture sans entraves des marchés pour booster l’économie nationale et favoriser la croissance et l’emploi.

Dans les faits, en dehors du besoin d’importer des intrants indispensables, l’indispensabilité étant un terme discutable, je présume, ou lorsque la balance commerciale et le taux de couverture des importations par les exportations sont favorables, le libre échange est un rapport de force qui se solde souvent par la victoire du plus fort.

Ce n’est pas évident d’en profiter, surtout quand ce plus fort, ce n’est pas ton pays, comme c’est le cas, dans le bras de fer qui nous concerne, tu auras bien compris.

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