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L’institution honteuse du VISA

Entassés comme du bétail, dans une file d’attente désespérée, désespérante, on attend patiemment notre tour pour postuler pour des moments précieux dans l’eldorado d’outre-méditerranée.

Toi, là, avance. La voix hésitante, le pas trébuchant, on tend le passeport vert, deux photos d’identité, un formulaire pré-rempli et un bout de sa dignité. Entre par là. Eteins ton téléphone portable. Interdit. Ne parle pas. Tais toi, l’indigène, l’indigent. Alors, vérifions que tu as bien ramené tous les documents requis pour faire suivre ta demande aux autorités consulaires : Bulletin de paie, hébergement, billet, allocation de devises et justificatifs en tous genres. Justifie-toi, ducon ! Pourquoi penses-tu qu’on t’accorderait le droit et la liberté de quitter ton ciel morose vers notre ciel clément ? Donne-nous tes empruntes digitales, on prend des photos, on s’introduit dans ton intimité. On te dit pas bonjour, tu ne le mérites même pas. On ne comprend pas très bien les documents que tu as ramenés. Tu sais quoi ? Documents manquants. On ne cherche pas à comprendre. On n’a pas que cela à faire.

La procédure d’obtention du visa, les visages inquiets des demandeurs d’accès en zone paradis, l’insolence du personnel, l’impolitesse, le mépris, tout cela mon vieux, je l’ai vécu comme un crachat gluant en pleine gueule. Permettez-moi de vous demander en retour : Qui êtes-vous pour vous ériger en divinité ? Qui êtes-vous pour réquisitionner mes données personnelles ? Qui êtes-vous pour me manquer de respect ? Je ne suis pas venu mendier votre bienveillance. Si je vais visiter votre pays, c’est avant tout, et vous ne le savez que trop bien, pour y dépenser des sous, pour faire tourner votre économie, pour perpétuer votre francophonie. Nous ne sommes pas des à peu près humains, des trois quarts citoyens du monde, nous ne venons pas déranger votre quiétude de grande nation, qui se vautre confortablement dans sa suffisance. Traitons-nous de la même manière, les citoyens français qui souhaitent visiter notre pays ?

Je rêve d’un pays souverain et fier, qui n’a pas froid aux yeux et qui ose adopter en toute chose la réciprocité avec les autres nations. Au diable votre devise et vos dons dérisoires. Rendez-moi mon passeport, mes données personnelles, mes photos, ma paperasse et mes empreintes digitales.

Vous me trainez dans la boue pour avoir osé, ô grand sacrilège, user de mon droit sacré et inaliénable à la libre circulation, article 13 de la déclaration universelle des droits de l’Homme.

Toi, Douce France, « le pays des droits de l’Homme », toi, l’Europe « terre d’asile et d’accueil », t’en rappelles-tu un peu ? Ca ne te dirait pas quelque chose, dis-moi ! J’irai plutôt visiter les pays où avant de t’accueillir, on sait ne serait-ce que te sourire et te dire bonjour.

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