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Macron ne fait pas marcher la jeunesse tunisienne

En visite officielle en Tunisie, le jeune président français, adepte des bains de foule, était de passage à la Médina de Tunis.

L’image a choqué plus d’un, celle de jeunes lycéens, pérorant sur la terrasse d’un café, qui se retrouve devant un Emmanuel Macron amical, avenant, venu leur tendre la main, s’enquérir sur leur vie, leur devenir.

Cette image, qui a fait vomir plus d’un, des adeptes fondamentalistes de la bienséance et du savoir-vivre, est celle de ce jeune tunisien, fumant le narguilé, qui n’a même pas daigné se lever, pour saluer le président français et qui a même, ô grand sacrilège, eu le culot de lui souffler sa fumée toxique en plein visage.

Insolence, stoïcisme, les yeux qui ne clignent pas, indifférence, pas impressionnable pour si peu. Président de la République Française, et alors ? Tu t’attendais à quoi, toi, l’Emmanuel, parce qu’on se permet de te tutoyer, qu’on te demande de nous faciliter les procédures d’obtention du visa ? Ou peut-être voulais-tu qu’on te serve le discours bien élégant auquel tu t’attendais ? Qu’on se tue à te convaincre de convertir la dette nationale en investissements ? Ou qu’on pérore sur la mission civilisatrice de la colonisation ? Ou qu’on te remercie pour nos aïeux humiliés et ceux tués ? Ou probablement, que tu voulais qu’on t’explique que l’émigration clandestine, c’est très méchant ? Et que l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ça ne compte pas ? Faut le replacer dans son contexte ? Ou qu’on sourie bêtement à tes phrases pré-fabriquées par ta fabuleuse équipe de com ?

Non, Emmanuel. Ce n’est pas possible. Il y a entre nous ce fossé abyssal. Et puis, tu vois, nous, on a fait une révolution. Une révolution éducationnelle avant tout, du moins, c’est ainsi qu’on la perçoit à notre âge, en vertu de laquelle, on a le droit à l’impolitesse, le droit à l’indifférence face à une personnalité de ton ampleur, le droit de te souffler de la fumée de narguilé en plein visage, le droit de ne pas se lever en te saluant, le droit de ne pas dissimuler que tu nous importunes, nous, bande de jeunes à l’avenir incertain, même pas le bac en poche, dans un trou perdu du tiers monde.

Alors, vas-y, passe ton chemin ! Fais pas comme si on était amis ! Fais pas comme si notre sort t’intéressait !
Vas voir les costards cravates qui se feront un immense plaisir de te lécher les bottes, de chanter tes louanges, de se prendre en selfie avec toi. Laisse-nous jouir de notre insouciance, laisse-nous respirer tranquillement notre hébètement et rêver de jours meilleurs, arrête de nous gâcher le paysage. Il y a un tas d’illustres personnalités nationales pour te dire à quel point la Tunisie t’aime, mais certainement pas nous.

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