Santé

Mourir jeune, pourquoi ?

Pas un seul jour ne passe sans que sa timeline sur les réseaux sociaux ne soit envahie par de vibrants hommages et autres oraisons funèbres larmoyantes.

Untel ou unetelle vient de nous quitter, « ravi à la fleur de l’âge ». Des jeunes gens pétillants de vie, en bonne santé apparente pour la plupart, qui s’en vont sur la pointe des pieds, sans préavis ni signes alarmants laissant entrevoir un départ précipité.

Une mort subite, surtout quand elle survient chez les adultes jeunes, provoque un choc émotionnel important chez l’entourage, d’autant plus qu’elle semble inexpliquée.

Ces morts tragiques sont-elles vraiment « inexpliquées » ? C’est ce que nous tenterons de comprendre.

Chaque année en France, par exemple, environ 40.000 adultes en sont victimes dont le tiers a moins de 55 ans.

La cause est cardiovasculaire dans 90% des cas avec dans la majorité des cas, un infarctus du myocarde qui se complique d’un trouble du rythme cardiaque appelé communément dans le jargon médical: fibrillation ventriculaire.

Nous avons tous en tête, des cas de proches partis trop tôt ou de footballeurs foudroyés en pleine action. Les cas les plus marquants sont ceux de Marc-Vivien Foé en 2003, Piermario Morisini en 2012 ou encore celui de Davide Astori en 2017.

Une étude multicentrique australienne et néo-zélandaise a étudié ce sujet, il y a quelques années. Ils ont, en effet, exploré tous les cas de morts subites survenant sur une période de 3 ans, chez des victimes âgées de moins de 35 ans moyennant une autopsie systématique et diverses analyses, notamment toxicologiques.

72% des victimes étaient de sexe masculin. La fréquence était maximale chez les 31-35 ans.

A l’issue de cette étude, 60 % des morts subites ont pu être expliquées par un diagnostic de coronaropathie. Quid des 40% restants ? Des analyses génétiques poussées ont permis de retrouver dans 27% des cas « une mutation génétique pouvant être à l’origine d’un trouble cardiaque ayant entrainé le décès ».

Ce qui fait défaut dans notre pays ? C’est le fatalisme qui accompagne ces décès précoces. Beaucoup de familles n’y voient rien de plus que l’expression de l’implacable volonté divine et refusent l’autopsie sous prétexte qu’il s’agit d’une mutilation post-mortem, d’une profanation du corps du défunt.

La peur, également, que la cause du décès ne soit d’ordre toxicologique ou liée à un suicide. On préfère ne pas savoir.

Ainsi, pour faire leur deuil, les familles refusent de trouver les explications. Pourtant, ce diagnostic revêt une importance cruciale dans le sens où il pourrait permettre de dépister chez les apparentés des troubles et des maladies potentiellement mortels et de mettre en place des mesures de surveillance et de prévention qui pourraient s’avérer salvatrices.

Mourir jeune n’est pas exceptionnel, c’est d’ailleurs pour cela qu’il ne faut pas hésiter à consulter au moindre signe, à observer une hygiène de vie saine. Il reste aussi beaucoup de progrès à faire en terme de formation de la population aux premiers secours.

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