Société

Noirs en Tunisie, Dos au mur !

Ces derniers temps, on peut observer dans les cafés, les bars-restaurants des travailleurs originaires d’Afrique Subsaharienne et des groupes sur les réseaux sociaux proposant les services de « domestiques ».  Les boulots confiés à ces derniers, les conditions de travail et surtout la manière exécrable avec laquelle se passent les échanges et les recommandations au sujet de ces malheureux nous ramènent à une époque que l’on croyait révolue.

Une descente de la police locale au cours du mois d’août sur les boites de nuit de la zone de Gammarth s’est soldée par plusieurs arrestations sur base de différents trafics de drogues et de travail dissimulé de nos amis d’Afrique Subsaharienne.

Les faits divers relatant des actes de racisme anti-noirs dans les rues de Tunis et d’autres villes tunisiennes sont incalculables. La dernière en date concerne ce groupe d’Ivoiriens tabassés par de jeunes Tunisiens dans une ruelle de la capitale. L’enquête est en cours mais la vague de commentaires sur les réseaux sociaux suffit à choquer n’importe quel être humain en possession d’une cervelle qui fonctionne. Du racisme notoire du genre : « rendez-nous les fouets, rappelons à ces primates leurs origines d’esclaves. Depuis quand les nègres ont-ils le droit à la parole. Ils t’ont sorti de l’esclavage et tu te crois tout permis ». Il est évident que certains esprits n’ont toujours pas quitté le Moyen-Âge !

L’idéologie raciste partout dans le monde soutenait que les Noirs étaient biologiquement inférieurs aux Blancs, qu’ils n’étaient pas réellement des êtres humains et que de ce fait, les valeurs de « liberté, égalité, fraternité » ne pouvaient s’appliquer à eux.

Il y a 172 ans, l’esclavage a été aboli en Tunisie par Ahmed Bey. Le racisme en Tunisie ne s’en porte pas moins bien en 2018. S’il ne peut plus s’exprimer publiquement, si la discrimination institutionnelle a disparu, si la législation est en train d’évoluer vers la protection des minorités, les préjugés demeurent légion

Après les premières décennies du XXe siècle, le racisme se mit à perdre très graduellement de sa force. En effet, un grand nombre de changements survenus dans le domaine social rendaient cette évolution possible. Ils comprennent notamment l’extension de l’instruction chez les Noirs aux Etats Unis comme un peu partout en Afrique, le développement d’un mouvement de protestation pour les droits universels de l’homme et tout spécialement la diversification de l’économie mondiale, capitaliste de surcroît, qui rendit moins rentable l’exploitation du travail des Noirs.

Mais dans cette Tunisie post-révolte qui avance toujours à reculons, nous observons, incrédules, le retour en force de plusieurs formes d’obscurantismes. Il y a 172 ans, l’esclavage a été aboli en Tunisie par Ahmed Bey. Le racisme en Tunisie ne s’en porte pas moins bien en 2018. S’il ne peut plus s’exprimer publiquement, si la discrimination institutionnelle a disparu, si la législation est en train d’évoluer vers la protection des minorités, les préjugés demeurent légion. Il n’y a qu’à recenser le nombre de mariages mixtes au pays. Le résultat tend évidemment vers zéro !

La pénurie de main d’œuvre a ouvert aussi la voie à l’exploitation des migrants subsahariens échappés de l’enfer Libyen ou Malien. L’exploitant Tunisien n’est pas plus charitable que ces homologues de l’Amérique du Nord pré-Sécession ! Il a une affaire à faire tourner et l’ouvrier local est devenu difficile à trouver, peu rentable et à faible rendement dit-on. Pourquoi se priver donc de ce cadeau du ciel à deux cent dinars la tête sans charges sociales et avec une journée de travail qui dépasse les douze heures ? Au diable les valeurs, la loi et l’humanité !

Le problème a été résolu chez l’Homo-Sapiens évolué grâce à des politiques d’égalité raciale. En Tunisie, une commission parlementaire des droits et libertés a approuvé juin 2018, la loi criminalisant la ségrégation raciale mais le texte tarde à être adopté.  Mais avec ou sans un texte de loi, le plus dur est d’inciter nos concitoyens à prendre conscience d’être des hommes parmi les hommes. A contrario, que personne ne vienne pleurnicher quant un Européen ou un Yankee ne vienne le rabaisser sur fond de racisme anti-arabe ou anti-cheveux crépus.

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