Santé

Octobre rose, octobre morose, octobre mi-rose

36 ans. La fleur de l’âge. Instants d’insouciance. Belle comme un cœur. Mais il est des jours, voyez-vous, où le ciel s’écroule, où la tristesse s’abat, ces moments où tout bascule.

Masse dure dans le sein droit. Interminable hésitation avant d’aller consulter, avant d’en parler à son entourage. La nuit porte conseil. Demain, j’irai voir le médecin. Tout ne sera qu’un mauvais rêve. Je m’en réveillerai et tout sera fini.

Radiographie, échographie, biopsie. Un calvaire administratif plus tard, verdict sans appel. CANCER. Dans le mot « tumeur », il y a le préfixe tu- et le suffixe -meurs, autant dire, rien qui ne laisse présager des lendemains ensoleillés encore à venir.

Chirurgie, mastectomie, qu’ils l’appellent. Derrière ce nom barbare, réside l’espoir d’en découdre, traitement radical où l’on t’ampute de ta féminité, d’une part de ton image, de tes formes, la guérison est plate, comme la peau sous le stigmate, sous la cicatrice grossière.
« Pour tuer le reste des cellules malignes invisibles à l’oeil nu, il va falloir vous irradier, madame, il va falloir également de la chimiothérapie. »

Des nausées, des vomissements, les cheveux qui s’en vont, l’immunité qui bat de l’aile, la faiblesse qui te colle au lit pendant des journées entières, perte du goût et de l’odorat, la langue qui te brûle au moindre contact avec des aliments, tel est le quotidien de la lutte. Pour peu que ton corps s’en remet, ils en rajoutent une couche, « un cycle » qu’ils disent. Il en a fallu six au total.

Merci, au revoir. Vous avez survécu à l’horreur, madame ? Place maintenant aux rayons. Game over, insert coin to continue. Et j’ai continué. Pas le choix. Fallait se battre, pour tous les printemps qu’il reste à boire, pour tous les rires qu’il demeure à décrocher, pour toute la vie embusquée ça et là qu’il faudra arracher à la mort, impitoyable, sinon, consciencieuse.

Cinq semaines avec un passage quotidien dans la machine, le grille-pain géant et j’en étais le pain, c’était mon pain quotidien.

Puis, un beau jour, le bout du tunnel, la fin de la guerre, la renaissance, inespérée, le retour à l’insouciance, au train train quotidien avec ses joies et ses peines, sa routine, ses petits évènements, son accoutrement anodin qui m’apparait si grandiose, à présent, ses riens que je retrouve avec un appétit insatiable, une soif de nuages définitivement inextinguible.

Aujourd’hui, surveillance trimestrielle, rendez-vous paisibles avec ces anges en blouses blanches, à qui je raconte, volubile, mon quotidien retrouvé, je suis une survivante. J’ai fait le 14-18 et je respire encore. J’en suis certes sortie avec des bleus dans l’âme, le sourire défiguré, un sein en moins et quelques souvenirs traumatisants, des stigmates dans la mémoire, mais je suis vivante, plus que jamais.

Si je vous raconte mon histoire, avec ce brin de nostalgie et de fierté, c’est parce que j’ai eu la chance d’y avoir survécu, d’avoir trouvé la vie outre-tombe, outre-guerre, pour vous dire que le cancer n’est pas une fatalité. Plus on s’y prend tôt, plus on a de chances de le vaincre.

Ce que je dis, pour taquiner mes amies, « instagrammer votre décolleté pour épater la galerie, je veux bien, mais ça ne vous sauvera pas la vie, la mammographie annuelle de dépistage, si. »
Pensez-y…

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