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Santé Société

Pénurie de médicaments, pénurie d’espoir

Versions contradictoires. Si médecins et malades dénoncent la pénurie de médicaments, des ordonnances qui se résument à des prescriptions sans suites, le Ministre de la Santé, Imed Hammami a grossièrement assuré, quant à lui, que tous les médicaments sont disponibles, qu’il suffit de l’appeler ou de recourir à son chauffeur pour trouver le graal.

Pourtant, l’Ordre des Médecins ainsi que celui des Pharmaciens ont officiellement tiré la sonnette d’alarme face à cette situation inédite en Tunisie.

Dans ce contexte, les réseaux sociaux sont en feu. On dénonce un pouvoir irresponsable, qui ne se soucie guère du désarroi des malades, condamnés à mourir bêtement pour cause de traitement vital, « de première nécessité » introuvable.

Des groupes de citoyens se sont formés spontanément sur le net. On s’organise comme on peut pour fournir le traitement à ceux qui ne savent plus à quel saint se vouer, ouvrant la voie tout de même, à l’opacité et aux dépassements en tout genre.

Quand le circuit conventionnel prend l’eau, c’est une aubaine pour le marché parallèle. Le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Quand bien même on aurait toutes les raisons de s’emporter, à quoi sert-il de vitupérer un ministre de la santé complètement autiste, hermétique aux critiques, sourd et aveugle mais hélas pas muet d’extravagances ? A quoi sert-il de l’affubler de tous les noms d’oiseau si monsieur semble totalement inconscient de sa part de responsabilité dans la crise médicale et sanitaire actuelle ? Il en nie carrément l’existence.

Si tu te rends à une pharmacie et qu’on t’avoue que tes cachets, sans lesquels tu ne peux aspirer à vivre, sont indisponibles dans tout le territoire mais qu’au JT, les responsables sont dans le déni, qui croire, au final ?

Peut-on réellement désamorcer une crise, si on n’arrive même pas à en faire le diagnostic, si on clame haut et fort que tout va pour le mieux dans le meilleur des monde ? Comment traiter un mal efficacement, si on prend même pas la peine de l’identifier ?

La pénurie sans précédent de médicaments et les tragédies qui en découlent naturellement, le délabrement des hôpitaux et une santé publique profondément malade, sont une expression comme une autre de cette terrible crise de gouvernance que traverse le pays, à la fois économique, politique et sociale. Cette crise qui nous coûte l’exode de nos élites et l’hémorragie intarissable du semblant d’espoir qui demeurait tant bien que mal, dans les lies de nos âmes. La médecine tunisienne, ce que la Tunisie a réussi le mieux à édifier, est définitivement malade.

Il y a quelques jours, un groupe de médecins a déclaré officiellement qu’il étaient dans l’impossibilité de réaliser les opérations chirurgicales à cœur ouvert, en l’absence d’un produit anesthésique, actuellement en rupture en Tunisie. On en est là, aujourd’hui.

Ce pays est au mieux mal-gouverné, au pire ingouvernable, hors de contrôle. Les citoyens se sentent complètement abandonnés par le pouvoir en place. L’État navigue à vue, au gré des crises, des scandales et des guerres intestines que se livrent les puissants pour arracher la toute-puissance.

D’ailleurs, personne n’a eu l’idée de fêter dûment la République, ce dernier 25 juillet et pour cause, ni le peuple dépressif chronique, ni l’État déliquescent, n’ont aujourd’hui le cœur à la fête.

De quelle dignité peut se targuer une République qui est incapable de fournir une bouffée d’espoir aux corps malades, émaciés, fatigués ? Cher Etat Tunisien, mais vous n’avez pas honte ?

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