Art & Culture

Piratage des livres électroniques, bouquinistes, la culture à même le sol

Le tunisien ne lit pas. La réalité est certainement plus effrayante que les chiffres alarmants que rapportent les sondages.

Faites irruption dans n’importe quel cercle, importunez n’importe quelle discussion, dans les cafés, dans les bars ou dans les réunions de famille et vous verrez. Les débats les plus récurrents ? Le pénalty de la veille qui n’en était pas un, le hors-jeu très équivoque ou tout au mieux, une critique approximative d’une série autour du « braquage du siècle » ou des critiques acerbes à l’adresse d’une connaissance ou d’un invité jugé un peu trop excentrique lors d’une émission désespérément crétinisante.

Jamais un livre n’est discuté, jamais un auteur n’est évalué, démoli ou recommandé, aucun débat d’idées, aucune réflexion de fond.

Les raisons invoquées, outre le fait que la lecture ne fait pas partie de nos habitudes, la cherté des bouquins. A ce prix là, on préfère un sandwich hypercalorique qui fond dans la bouche ou une bouteille de vin dans un endroit huppé. Ici bas, on n’ose même pas regarder du côté du sommet de la pyramide de Maslow. « L’accomplissement de soi » est un luxe que ne peut se permettre celui qui est submergé par des besoins physiologiques plus rudimentaires.

Pourtant, en Tunisie, capitale du piratage, il suffit de quelques clics pour télécharger une base de données de milliers de livres. Dans les ruelles de Tunis, des bouquins, à la conservation pas toujours évidente, sont vendus pour trois fois rien, exposés dans des étals anarchiques ou des boutiques aux peintures craquelées.

La clientèle se fait rare. Piratage pour piratage, autant télécharger des films, des séries à succès ou de la bonne musique. On ne nous a jamais appris à prendre le temps et la peine de lire.

Quand on voit toutes ces personnes qui ne maitrisent aucune langue, qui se torturent pour pondre des phrases handicapées, titubantes, on mesure le degré d’urgence de réconcilier les tunisiens avec les livres.

Il est urgent d’expliquer aux nouvelles générations, qu’on ne vit vraiment qu’à travers ses lectures, qu’on ne se rassasie réellement qu’en avalant avec un appétit pantagruélique des syllabes et des accents aigus.

On voyage au gré des mots, dans le temps et l’espace, le ciel parait d’un coup plus proche, plus conciliant et le froid, moins froid, et les sourires des passantes définitivement plus poétiques, et les douleurs moins sourdes et les morsures dans l’âme moins douloureuses.

Au fil des chapitres, mêmes les rien deviennent quelque chose et mêmes les taxis collectifs prennent des airs de profonds signes d’amitié.

Non, il n’y a pas d’excuses à l’inculture, au vide et aux têtes qui sonnent creuses, même pas la nouvelle loi de finances.

Alors, électroniques ou poussiéreux, piratés ou dénichés pour le prix de la moitié d’un chapati, l’urgence, vitale et fonctionnelle à la fois, est de lire. Parce qu’un livre qu’on lit, c’est l’espoir qu’on plante, dans les terres désertiques qui n’annoncent sinon, que des hivers pluvieux et tristes.

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