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Théorie économique du mariage en Tunisie

Si nous finissons souvent par nous marier, c’est parce que cette institution dite du mariage va nous permettre d’atteindre un niveau de satisfaction supérieur à celui que nous obtiendrions si nous restions célibataire. C’est tout naturel, avouons le.

Bien sûr, le moteur de cette action est normalement l’amour, mais voir des gens se marier pour d’autres raisons ne devrait pas trop nous surprendre de la part de ces êtres bizarres que sont les Homo-Tunisianous. Le romantisme, pourquoi pas. Le suivisme, le conformisme et la vantardise ? Surtout ça !

Le scientifique social qu’est l’économiste peinera surement à trouver une explication rigoureuse et cohérente au comportement du Tunisien en économie de l’amour comme en toute autre chose ! Le business du mariage s’est vite développé en Tunisie, étant un marché très juteux. Les couples sont prêts à dépenser de grosses sommes rien que pour faire autant que leurs semblables. Ils n’hésitent pas à faire appel au portefeuille familial ou parfois à prendre un crédit pour financer leurs cérémonies. Certes, il est difficile de cerner toutes les dépenses liées à cet évènement mais, il faut dire que les budgets sont très inégaux.

Pour étudier la question, disons que comme pour tous leurs semblables homo-sapiens, la satisfaction du couple Tunisiens avant le mariage, dépend non seulement des biens et services qu’ils peuvent acquérir sur les marchés des robes, costumes, bijoux et autres gâteaux et salés, mais surtout de leur capacité à faire face à la rude « concurrence » sur le « marché du mariage » !

Explications: pour se marier, il convient que les «anticipations sur les dépenses » pour la réussite de cette union « sacrée » soient inférieures aux coûts réels engagés. Tenant compte de cette contrainte budgétaire, le couple se doit surtout d’assurer dans ce cadre une cérémonie et des festivités au moins égales à celles organisées par la voisine ou le meilleur ami. Cet environnement concurrentiel fait le bonheur des industriels du mariage : organisateurs, couturiers, musiciens, pâtissiers prennent un réel plaisir à dépouiller nos jeunes couples en quête d’autosatisfaction ou de « bénédiction ». La parade n’a pas de prix, mais elle a un coût.

En moyenne, les mariées consacrent dans les trois milles dinars à l’achat de leur tenue, contre six cent dinars pour le costume du marié, selon une enquête d’un journal de la place à la marge d’un salon spécialisé se tenant chaque année à Tunis. La majeure partie du budget d’un mariage reste réservée aux diverses réceptions mais de nombreux secteurs profitent aussi des retombées du mariage : Mode, bijouterie, hôtellerie, restauration, tourisme, cadeaux. Il n’est pas donc abusif de considérer qu’au total, cette industrie du mariage et tous ses dérivés génèrent un chiffre d’affaires annuel calculé en milliards de dinars. Le nombre de personnes concernées chaque année par une cérémonie est égal à la population Tunisienne, vous en faites surement partie.

De ce fait, le choix de créer un nouveau foyer dépendra pour une majorité de Tunisiens des sommes que l’homme et la femme peuvent obtenir afin de satisfaire aux règles coutumières et à la cupidité des charognards de la fête et ce, en dépit du niveau d’instruction ou des convictions personnelles des futurs mariés le cas échéant.

D’autant plus qu’en règle générale, pour les couples en Tunisie, le partenaire sera d’autant plus l’homme ou la femme de sa vie que son revenu est élevé par rapport à celui que l’autre pourrait toucher, qu’il est aussi intelligent et éduqué qu’il peut l’être, et que son physique lui donne la chair de poule. Ce phénomène a pour résultat que plus la complémentarité entre les « caractéristiques économiques » des futurs conjoints est élevée plus les couts sont importants par rapport au marché de mariage.

Suivisme et vantardise obligent ! Qu’importe la réussite du mariage, au fond, l’important demeure la forme. Pour le plus beau jour de sa vie, tant rêvé, tant fantasmé, il est naturel pour le commun des tunisiens, de mettre le paquet, de mettre plein la vue à l’assistance, quitte à s’endetter, quitte à se réveiller le lendemain avec une gueule de bois et des poches vides difficilement récupérables.

C’est ainsi que le « supposé » plus beau jour dans la vie d’un couple devient aussi le plus coûteux, mais qu’à cela ne tienne, les mariages font du moins le bonheur des prestataires.

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