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Un 20 mars anodin

On est en 2019. 63 années se sont écoulées depuis la proclamation de l’indépendance de la Tunisie. Que nous reste-t-il aujourd’hui de cette date phare qui a amorcé l’édification et la modernisation du pays ? Que persiste-t-il dans la lie de la mémoire collective de ces dates clés de l’Histoire de la Nation ?

A croire le ciel gris et les rues vides, qu’aucun drapeau ni festivité ne vient égayer, ce 20 mars 2019 n’est rien de plus qu’un jour férié qui laisse perplexe petits et grands. Même l’Etat n’a pas songé à sauver les apparences.

Quand bien même le cœur ne serait pas à la fête, n’est-il pas important sinon primordial de sauvegarder la symbolique du glorieux combat de nos aïeux et de s’acquitter du devoir de mémoire à l’égard des héros et pères fondateurs de la Tunisie ?

S’agit-il du climat général de dépression et de désespoir qui plombe l’atmosphère au point que plus personne ne semble disposé à entonner l’hymne national ? Le patriotisme s’est-il définitivement ringardisé ?

Pourtant, que de chemin parcouru depuis 1956. Si la souveraineté demeure un objectif lointain, impensable à atteindre à court et même à moyen terme, il faut reconnaître, que l’Histoire de la Tunisie ne donne pas uniquement à rougir.

Il y a de quoi lever la tête et sourire et dire à la planète ou du moins aux cancres auxquels on peut se comparer: Oui, c’est cela, la Tunisie. Précurseurs dans sa première constitution, dans son abolition de l’esclavage, dans son émancipation de la femme, gratuité de l’enseignement, santé publique et couverture médicale relativement respectables, étincelle et dernière lueur du Printemps Arabe. Démocratie inédite dans la région. Institutions, Etat de droit et primauté de la loi. Un pays en pleine ébullition où l’opinion publique est capable en quelques clics de faire sauter des ministres et des hauts responsables. Où l’on philosophe sur les terrasses des cafés et où l’on est libre de pérorer et sur l’égalité de l’héritage sans pour autant être aussitôt excommunié.

Cela dit, le constat est sans appel: les tunisiens boudent leur pays, sa chose publique, son présent, son futur et son histoire, le quittent massivement à la moindre occasion. L’Etat n’est pas intéressé non plus à les réconcilier.

Pire encore, les jeunes générations ne connaissent pas leur histoire. Qui blâmer pour cette crétinisation systématisée ? Un enseignement publique totalement rouillé, la lecture tombée en désuétude ou des médias qui donnent uniquement la parole aux stupides ?

Hier, une émission télé a diffusé un VTR où on demandait à des lycéens des questions toutes simples sur l’indépendance, ses dates phares et ses héros. Les réponses étaient affligeantes. Ils n’en savaient rien. On retiendra la réponse d’une lycéenne à la question: « Qui est Farhat Hached ? » à laquelle elle a rétorqué: « C’est une avenue, ça. Non ? »

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Abdessmad Cabet
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