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Une révélation nommée Nouba

Au-delà du penchant général durant le mois saint pour la friture et les longues files d’attente devant les boulangeries, le pays connait annuellement une effusion de productions audiovisuelles.

Pléthore de sitcoms, de caméras cachées, de feuilletons entrecoupés par d’interminables pauses publicitaires, dont la majorité ne suscite hélas que dégout et désespoir. Rire bête et méchant. Drogues, alcool et décolletés plongeants sont pour ainsi dire, les uniques ingrédients par lesquels nos « artistes » tentent de nous accrocher.

Rarement, une réalisation sort du lot, respecte les spectateurs et présente un produit de qualité.

Tel est pourtant le cas de Nouba, feuilleton de Abdelhamid Bouchnak diffusé sur Nessma. Il raconte l’histoire fictive du backstage du célèbre spectacle portant le même nom, réalisé en 1991 par Fadhel Jaziri et Samir Agrebi.

En regardant Nouba, on a l’impression que le cinéma s’invite dans un nouveau format. Il s’agit plus d’un « très long métrage » que d’un feuilleton.

Dès le premier épisode, je suis resté bouche bée devant le concept, le scénario, le casting, les dialogues et les images. Bouchnak nous plonge dans un monde vis-à-vis duquel, on se sent tous nostalgiques. Tunis et son esthétique du laid, de la crasse et sa vulgarité poétique. Le mezoued et son univers, musique considérée alors comme un art de seconde zone, la simple expression du mal-être des damnés et des miséreux et tout le mauvais vin et la criminalité qui en découlent.

En somme, Nouba nous dit toute la beauté qui se cachait derrière les apparences infréquentables. Les festivités au-delà de la mélancolie. L’émotion et la plénitude devant un air de mezoued, l’essence de la Tunisianité, les bras déployés, la démarche dandinante et les moustaches surplombant le dengri. Un peu de Bukowski sauce locale.

Comme pour rappeler que les peintures craquelées peuvent aussi déclamer une poésie insoupçonnée.

Par ailleurs, le jeu d’acteurs est impressionnant de justesse. Le langage du corps nous transmet les ondes de la médina. Les dialogues coulent de source. L’intrigue nous suspend au générique final.

On ne rate jamais une occasion pour cracher sur les émissions et productions audiovisuelles sans éclat ni génie dont nous gratifient beaucoup trop régulièrement nos compatriotes, il est de ce fait, légitime de s’empresser de remercier Abdelhamid Bouchnak qui vient confirmer après le succès de Dachra, son premier long-métrage.

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