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Voyage, ne défais pas tes bagages !

Se réveiller, un beau jour, quitter son boulot, effacer ses repères spatio-temporels, tout plaquer, clôturer son compte bancaire, faire la queue pour le visa. Troquer sa fortune, amassée au fil de longues années de labeur, contre une poignée de devise. Acheter un billet pour le paradis, qu’importe le continent. Contrôles policiers. La douane. C’est le moment idoine. Passeport estampillé. Décollage imminent. Le cœur léger et le bagage mince, avait chanté Aznavour.

Partir quelque part, être prêt pour l’ailleurs. Jeter son regard sur les horizons inconnus, les monuments inédits, les rues que la rétine ne reconnait pas. Small cities and big dreams. Appuyer sur Reset. Fermer les yeux et se retrouver dans des lendemains différents. Dire au revoir à tout ce qu’on a connu. Recharger les batteries de l’âme qui sont à plat. Aventure. Ne pas envisager de revenir. Vivre chaque jour comme si c’était à la fois un prologue et un épilogue. Concevoir chaque regard croisé comme un bouleversement ultime. Donner du pittoresque à tous les coins de rue.

Nul n’est condamné par une quelconque loi de la nature à la perpétuité de l’ennui et de la routine. Se chercher, se trouver, se revendiquer et se perdre à nouveau. Et ainsi de suite jusqu’à ce que les souffles coupés, ne subviennent plus aux besoins en oxygène. Vivre ses vocations comme des vocations, l’amour comme un amour, percevoir la passion en tant que telle et se moucher d’un revers de manche avant de défaire et de refaire le monde, comme on fait ses lacets. Simplement. Reconversion. Passer sa vie à être quelque chose et devenir soudain fleuriste, poète ou chanteur de fortune dans une station de métro d’une ville inconnue. Le voyage est à la mort ce que le massage cardiaque est à l’arrêt cardio-respiratoire. Une ressuscitation.

On n’a qu’une vie, autant la décupler. Refaire sa vie quotidiennement, au gré des sautes d’humeur et des gorges craquelées. Tuer le temps qui croit avoir raison de nous. Huiler les rouages grippés de son existence. Etre voué à un destin particulier et se surprendre soi-même en changeant particulièrement sa voix, son faciès et sa posture. Vivre pleinement. Ode à la légèreté.

N’a-t-on pas le droit de rendre l’âme régulièrement et d’insuffler la vie aux autres éventualités de soi ?

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Abdessmad Cabet
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